Vous revenez sur une analyse de Véronique Descqaq, notre invitée d’hier…

Oui, la numéro 2 de la CFDT faisait un constat désolé, dénonçant le «machiavélisme d’Emmanuel Macron, qui cantonne le débat politique aux extrêmes». C’est vrai que l’on peut constater ce paradoxe : alors qu’un président modéré a été élu,  la violence des débats, n’a pas faibli, et même, pour certains aspects, s’est durcie. Il y a d’abord une raison de mécanique des fluides politiques. LREM ayant obtenu (grâce à la généreuse logique du suffrage législatif) une écrasante majorité à l’Assemblée, bien plus importante en sièges que le poids réel de ce parti naissant, un large bloc central s’est installé dans l’hémicycle. Bloc qui vote les projets de l’exécutif sans avoir à en discuter vraiment. Les oppositions (droites et gauches) concurrentes sont portées à la surenchère pour apparaître comme la meilleure alternative. 

Mais c’est donc mécanique ! On ne peut pas le reprocher au président !

Effectivement, c’est la logique d’une majorité centrale. Le besoin de renouvellement, le thème du déblocage, la rhétorique «enmarchiste» optimiste et la capacité d’incarnation du président, lui assurent non pas une popularité à toute épreuve, mais une domination de fait sur la vie politique face aux oppositions qui, elles, pallient leur faiblesse institutionnelle et arithmétique par l’outrance. Pareil pour les syndicats qui n’arrivent pas à mobiliser : ils se durcissent. Mais ces outrances semblent bien pratiques pour le pouvoir qui apparaît alors raisonnable et rassurant. C’est la vieille tactique gaulliste des années 60 : le jeu de miroirs entretenu avec le PCF, plutôt qu’avec d’autres forces plus réformistes. On en est arrivé à cette bizarrerie : alors qu’il voulait faire travailler tous les progressistes modérés ensemble, le macronisme crispe le débat politique et syndical. Pourquoi met-il la CFDT au ban des discussions ? Emmanuel Macron ne devait-il pas sortir le pays de la logique d’affrontement et impliquer le plus grand nombre dans l’élaboration de solutions ? Il se disait fils de Mendes-France et de Rocard, personnages qui faisaient confiance à l’intelligence collective et à la société. 

C’est vrai que contrairement à ses prédécesseurs, Macron applique son programme mais c’est dans la façon très «un point c’est tout» de l’appliquer, qu’il ne tient pas sa promesse. A gauche, les modérés du PS ont disparu, les écologistes constructifs font preuve d’une patience qui va s’éroder, à droite les Pécresse, les Bertrand sont inaudibles… Pourtant, ce sont encore eux, ces PS et ces LR modérés qui font largement tourner la démocratie du quotidien dans leurs collectivités locales. Le climat devait s’apaiser, il se tend ! Alors, diront les Macronistes, «c’est le prix à payer pour débloquer et opérer les réformes dont le pays a besoin d’urgence». En France, tout passe par l’Etat et la verticalité, il faut agir vite, de haut en bas, fort d’une légitimité électorale encore fraîche ! Peut-être, mais alors, il faut de vrais résultats en terme d’emploi et de justice, parce le jupitérisme  infantilisant n’est pas un idéal démocratique ! En tout cas, pas celui de la promesse de 2017. Le danger, à entretenir des oppositions extrêmes, c’est de préparer des alternances du même acabit !  

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