Ségolène Royal porte plainte contre "Paris-Match" pour la photo publiée avec son compagnon. Impasse est en partie faite ce matin dans cet "édito" sur la réunification des socialistes de ce week-end, un événement sidéral. Le parlement des socialistes a validé, à une très grande majorité, les listes pour les européennes. Chacun peut consulter ces listes dans la presse, c'est un subtil dosage entre courants. Franchement, ça n'intéresse que les militants. Le fait par ailleurs que la direction soit devenue pléthorique pour y accueillir quelques royalistes, c’est un pas vers l’unité qui ne change pas grand chose à la nature du leadership du PS qui est toujours bicéphale. La tête officielle, Martine Aubry, et la tête de gondole, Ségolène Royal. Mais, revenons à cette Une de "Paris-Match". Il y a, dans cette histoire, une double hypocrisie, bien partagée entre le journal et la femme politique. Du côté de "Paris Match", le communiqué de la direction du journal est un petit bijou de langue de bois journalistique : figurez-vous que "Paris Match" a donné à ses lecteurs à comprendre que Ségolène Royal, attention je cite : « en apparaissant au bras d'un compagnon dans les rues de Marbella, donnait le signe qu'elle n'est plus seule et qu'elle est prête à ouvrir un nouveau chapitre de sa vie ». "Paris-Match" laisse donc entendre que Ségolène Royal est consentante. En somme, en se justifiant ainsi, il explique qu'il n’est ni plus ni moins l'instrument de la politique de communication de Ségolène Royal. C'est une vision terrible qui donne au journalisme un rôle de supplétif de la com' des politiques. C’est effectivement ce que fait cet hebdomadaire assez régulièrement pour le compte du Président. Mais la réalité n'est pas beaucoup plus glorieuse. Il n'y a qu'une raison à cette Une, elle ne répond à aucune exigence journalistique, elle ne reflète non plus aucune servilité envers un donneur d'ordre bien ou malveillant. La seule raison, c'est l'argent, le tirage. C’est un bon coup de presse people. Ni plus ni moins... et il devrait tout simplement être revendiqué comme tel par la direction de "Paris Match". « Cette photo fait vendre, cette histoire marche et c'est pour ça que nous le faisons. » Voilà ce que devrait dire le parton du magazine. Mais s’il tenait un tel discours, il n'y aurait plus de limite ! Pourtant, il y a des limites mais dans ce genre d'affaires, ce ne sont pas les journalistes qui posent les limites, ce sont les hommes ou femmes politiques eux mêmes. En France, et c'est heureux, la presse ne traque pas les hommes politiques qui n’ont jamais souhaité exposer leur vie privée. Personne ne connait la tête du mari de Martine Aubry, personne n'a entendu le son de la voix de la femme de François Fillon. Comment s’appelle la compagne de Jean-François Copé ? Qui est le petit ami de Bertrand Delanoë ? On ne le sait pas - ça ne nous manque d’ailleurs pas vraiment - et pourtant, ils ne vivent pas cachés. Simplement, ils ne se sont jamais exposés non plus ! Quand un homme ou une femme politique en France ne veut pas que sa vie personnelle soit mise en avant, celle ci n'est jamais mise en avant. En revanche, quand un homme ou une femme politique de premier plan a utilisé, ne serait-ce qu'une fois, son conjoint et ses enfants comme objet de sa communication, c'est fini, il ne maîtrise plus rien. Souvenez-vous du petit Louis qui souhaite bon courage à son papa sur écran géant au moment où Nicolas Sarkozy prenait la tête de l'UMP. Souvenez-vous des caméras invitées à la maternité par Ségolène Royal, alors ministre, au lendemain de la naissance de sa fille. Ce sont là deux pêchés peoples originels ! Finalement, si l’on y réfléchit, cette photo volée à Marbella est à peine plus indécente que tous ces reportages photos, négociés, mis en scène, habillés, maquillés que réalisent, pour le plus grand plaisir des politiques, les hebdomadaires populaires.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.