Ce matin vous évoquez la notion d’ « élites ». Les « élites » sont les ennemies des candidats à la présidentielle.

Oui, dénoncer l’élite est non seulement s’assurer un succès à la tribune, c’est aussi une nécessité pour les candidats à une présidentielle en France parce que l’idée qu’il existe une élite est en contradiction avec l’idée d’égalité. Chacun a sa définition de « l’élite ». Nicolas Sarkozy dit être le « candidat du peuple », François Hollande veut taxer les plus riches. Bayrou, Mélenchon et Le Pen, chacun à leur manière avancent des arguments (avec des intentions très différentes) pour aussi fustiger « l’élite ». Pour Nicolas Sarkozy l’élite, en fait, se servirait des corps intermédiaires pris au sens large, les syndicats ouvriers ou patronaux, les partis politiques, les sondeurs, les associations, les journalistes, le monde intellectuel et universitaire qui, au lieu de faire fonctionner la démocratie, la confisquerait à leur profit. D’où l’idée de multiplier les référendums pour passer outre ces élites. L’élite, pour la droite c’est donc cette nouvelle aristocratie qui ferait régner une sorte de « terrorisme intellectuel ». La définition de l’ « élite » par la droite s’est enrichie d’une notion plutôt de gauche au départ… la dénonciation des « sachants », de ceux qui savent ou croient savoir et en tirent un pouvoir abusif. « Camarade, ne crois à rien, n'accepte rien sans preuve. Ne te laisse pas imposer » disait Gide. Les « sachants », ce terme est souvent utilisé par Jean-Luc Mélenchon mais est aujourd’hui repris par Nicolas Sarkozy. En réalité, elle rejoint bizarrement la dénonciation de ce que Olivia Leboyer, professeur à science-Po appelle dans son livre Elite et Libéralisme , « l’aristocratie de la vérité » qui visait, au moment du Second Empire à imposer une vision libérale de la société. A l’époque, les « sachants » captaient le pouvoir et représentaient la droite.

François Hollande, lui n’utilise pas ce terme « d’élite ».

Non, il n’utilise pas le mot qui est trop connoté et qui divise. Mais il manie le concept et dénonce une petite minorité privilégiée qui abuse de son pouvoir économique. L’élite, pour lui, ce sont les riches, représentés par les pensionnaires du Fouquet’s et du yacht de Bolloré. Il n’ont pas vu venir la crise. Ils sont même responsables des dérives de l’argent roi, voraces, à la recherche de profits rapides, Ils nous ont conduits là où nous en sommes. Ils doivent être responsables puisqu’ils sont coupables, il faut les taxer. Là encore, derrière cette définition de l’élite il y a l’idée de la « déconnexion ». Les « sachants » dénoncés par la droite sont déconnectés du vrai peuple. Les ultra-riches dénoncés par la gauche ont déconnecté la finance de la vraie économie et sont eux-même déconnectés de la réalité sociale. Le bon candidat sera celui qui reconnectera. Encore une fois et comme souvent en politique la vraie bataille est d’abord sémantique. Quel camp arrivera à imposer son acception du mot « élite » ? L’écho grandissant, ces dernières années de la parole du FN a persuadé Nicolas Sarkozy que sa définition est la plus pertinente aujourd’hui. La crise économique et l’indécent accroissement des inégalités font penser à François Hollande que sa définition à lui est plus en adéquation avec l’époque. Ce qui est sûr, c’est que pour mobiliser leur propre camp, chacun a le bon discours. Pour dépasser son propre camp (ce qui est quand même le but de la présidentielle) quelle est la bonne définition de « l’élite » ? On le saura au soir du premier tour.

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