Nicolas Sarkozy condamné à de la prison ferme. Vous vous intéressez aux réactions à cette condamnation.

Il y a deux façons de contester une décision de justice. La première est de droit, nécessaire : c’est le recours. Nicolas Sarkozy et ses co-accusés font appel. Leurs avocats nous diront tout le mal qu’ils pensent du jugement d’hier. C’est leur métier, ils sont là pour ça et tant mieux. Et puis il y a la réaction politique. Quand on regrette une décision de justice, la bienséance républicaine est de réagir, par exemple, comme Xavier Bertrand… je cite : ‘Toutes les voies de recours doivent être utilisées pour que Nicolas Sarkozy puisse laver son honneur et que toute la vérité soit faite’. C’est partisan comme il se doit, sans mise en cause de la justice et, au passage, assez malin pour un prétendant à l’Elysée de rappeler que toutes les recours doivent être utilisés (sous-entendu il y en a pour un bout de temps… bien après 2022). 

Et puis il y a les réactions des Sarkoystes pur-jus ! 

Elles sont édifiantes et soulignent un esprit de clan et aboutissent à l’effet inverse recherché : l’idée de bande organisée. Ce sont des réactions qui mettent en cause l’institution judiciaire, l’impartialité des juges ! La réaction du président de LR, en particulier ! Les phrases qu’il a prononcées sont des pelletées de charbon jetées dans la machine du populisme et de la défiance. Christian Jacob dit sa stupéfaction, insinue, je cite : ‘à qui profite le crime ?’ Et puis ‘La sévérité de la peine est absolument disproportionnée et révélatrice de l’acharnement judiciaire d’une institution déjà très contestée. Toute la lumière devra être faite sur les méthodes et l’indépendance du PNF’. Des propos manipulateurs puisque, justement, ce n’est pas le PNF, le (Parquet National Financier) qui a jugé Nicolas Sarkozy mais le tribunal correctionnel de Paris (trois juges indépendants) qui pointent la responsabilité d’un magistrat, d’un avocat et d’un ancien président formant un pacte de corruption (et en la matière, l’intention suffit). Ces réactions sont des vieux restes de la période RPR, des voraces du pouvoir, de cette génération qui s’estimait au-dessus des lois et pouvaient mettre les juges au pas. Cela rappelle l’incompréhension ahurie de François Fillon et de ses soutiens à l’idée qu’il puisse être condamné pour avoir salarié sa femme pendant des années à ne rien faire avec de l’argent public ! C’était un complot nous disait-on, souvenez-vous. Un complot du PNF, des concurrents politiques, de la presse ! Et puis les faits ont été établis. Tout simplement. Cette propension à se victimiser, de la part d’un parti qui ne cesse de réclamer l’alourdissement de toutes les peines, l’impunité zéro… et même l’effectivité des peines de prison pour les condamnations de plus de 6 mois ferme … reste un travers de la politique française. C’est frappant : après les Sarkozystes, les réactions les plus anti-juges viennent du RN (sans doute une réaction préventive pour eux-mêmes). En réalité, c’est classique : la contestation de l’ordre vient d’abord du parti dit de l’ordre (quand lui-même est en cause).  

L'équipe
Thèmes associés