**Ce matin, la polémique autour du projet du président de la République de faire un musée appelé la Maison de l’histoire de France.En fait il n’y a pas de polémique parce que pour qu’il y ait polémique il faut deux camps, les pour et les contre. Là, à part le président et les hauts fonctionnaires chargés de mener à bien ce projet, Il n’y a quasiment pas d’historiens qui se soient prononcés en faveur de la Maison de l’histoire de France. Les plus grands noms parmi les historiens ont d’ailleurs signé une tribune contre cette idée dans Le Monde du 22 octobre dernier. Au premier abord, on pourrait se dire que dans l’antisarkozysme ambiant qui sévit chez les universitaires, s'opposer à un projet, quel qu’il soit, venu de l'Élysée relève d’un certain pavlovisme. En réalité, s'opposer à l’idée que puisse exister un musée de l’histoire de France voulu par le chef de l’Etat est une évidence. « De quelle histoire parlons-nous » ? se demandent les historiens. Cette interrogation renvoie à la définition de l’histoire en tant que science, en tant que passion française mais aussi en tant qu’instrument politique. Imaginez simplement ce que pourrait être un musée de l’Histoire. Une série d’expositions permanentes ou temporaires, thématiques ou chronologiques ; chaque élément, document, objet qui serait exposé devrait être expliqué, justifié, « contextualisé » comme disent les historiens et donc forcément contesté. L’histoire est un éternel débat entre les historiens entre des faits avérés et leur interprétation. Mais quand on parle, non pas d’histoire mais d’histoire de France, là tout se complique encore. Qu’est-ce que l’histoire de France ? Son histoire politique, l’histoire des peuples, de ses guerres, de ses sciences, de ses grands hommes ? Ce sont des interrogations qui agitent les historiens depuis toujours, sans doute pour toujours. Et ce n’est certainement pas à l’Etat de les trancher. Commencer à répondre à ces questions pour installer un musée, c’est se lancer dans d’inextricables jeux d’équilibre. Ou alors le musée serait simplement une collection d’objets historiques, des trônes, des reliques, un morceau du vase de Soisson, le panache blanc d’Henri IV, le bonnet de Clémenceau, le pyjama de Deschanel bref, aucun intérêt. Y a-t-il une volonté politique derrière ce projet de musée?Finalement la maison de l’histoire, voulue par l’Etat ne peut être que le lieu d’une histoire officielle, c'est-à-dire d’une propagande, d’une science morte, ou alors une galerie d’objets anecdotiques. Volonté d’imposer une vision ou pas le résultat serait le même. Ou alors, Nicolas Sarkozy veut, par ce projet, définir par exemple une identité nationale ? C'est possible, et d’ailleurs le président avait fait référence à ce projet dans la lettre de mission adressé à son ministre de l’immigration et de l’identité nationale le 31 mars 2009. Ce serait illusoire, et ça ne pourrait pas aboutir parce qu’on ne fera pas un musée de l’histoire contre les historiens. Ou alors, c’est beaucoup plus simple que ça. Nicolas Sarkozy aime l’histoire, les Français adorent l’histoire. Nicolas Sarkozy veut son musée, comme Georges Pompidou a eu le sien, François Mitterrand sa bibliothèque, et Jacques Chirac le musée des Arts Premiers. Seulement voilà, comme l’adoption de la mémoire d’un enfant juif par chaque classe de CM2, comme la lecture annuelle de la lettre de Guy Môquet... Ce projet n’aboutira certainement pas parce que, heureusement, l’époque de l’histoire officielle est terminée.**

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