Par Jean-François Achilli.

Le recours au référendum en Grèce est-il légitime ?

A première vue, le référendum apparaît comme étant la solution la plus démocratique qui soit, puisque c’est à la population grecque que sera imposée la rigueur décidée par d’autres. Georges Papandréou nous met en garde : attention, les gens chez moi n’en peuvent plus. Le premier ministre grec a d’ailleurs joué un sacré coup de bluff en ne dévoilant rien de son projet au couple franco-allemand qui volait à son secours.

Comme d’habitude, la classe politique française se divise en deux camps bien distincts : la droite majoritaire, qui soutient Nicolas Sarkozy, se dit choquée par le procédé qui met à mal l’accord de Bruxelles du 27 octobre, affole les marchés et fragilise la zone Euro. En revanche, certaines voix au PS, au Modem, les souverainistes ainsi que le FN se réjouissent de voir la parole rendue au peuple. Nous sommes en campagne présidentielle.

Critiquer le principe est de prime abord antidémocratique. Mais à y regarder de plus près, le référendum n’est peut-être pas approprié à la situation. Tout va dépendre de la question posée - Paris souhaite que ce soit uniquement l'appartenance ou non à la zone euro - et elle sera sans doute détournée de son objet.

Souvenez-vous, le référendum en France du 27 avril 1969 sur la réforme du Sénat et la régionalisation a tourné au vote contre le général De Gaulle, qui avait prévenu qu’il quitterait le pouvoir en cas de défaite.

Le peuple Grec, qui subit la crise depuis trop longtemps, pourrait donc y voir là le moyen de faire un pied de nez à cette Union Européenne qui veut les mettre au pas. Un vote négatif, et ce sera l’inconnu.

Deux conceptions de la démocratie s’affrontent …

Le principe de démocratie directe , cher à Jean-Jacques Rousseau, inadapté à l’usine à gaz européenne, face à celui de démocratie représentative, qui permet à des dirigeants mandatés de mener des négociations complexes, qui associent les états de l’Union, aux institutions financières et aux banques.

Consulter le peuple avant la fin des discussions est parfaitement légitime mais peut faire capoter tout l’ensemble. Nous raisonnons aujourd’hui en jours, voire en heures : un référendum, même ramené avant Noël comme le réclame la France, arriverait tard.

François Hollande et Martine Aubry ne s’y sont pas trompés. Les deux leaders socialistes se sont bien gardés de commenter la proposition de référendum en Grèce, mais dénoncent un défaut de gouvernance de la zone euro. La critique vise Nicolas Sarkozy, dont l’action à Bruxelles suivie de l’émission de télé jeudi ont été annihilés par l’annonce de Georges Papandréou.

Le temps politique s’est brutalement accéléré. Le président Français, qui voulait clore le chapitre grec au G20 de Cannes, pensait avoir six mois devant lui. Son affaire aura duré six jours seulement.

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