Reprise de la session ordinaire du parlement aujourd'hui, et avec elle, reprise des séances de questions au gouvernement. Un rituel démocratique qui a de quoi inquiéter les novices. Sur les 31 ministres que compte ce gouvernement, 15 n'ont jamais enduré cet exercice. Un baptême du feu que leurs aînés dans le métier, prennent un sadique plaisir à leur raconter. Le ventre qui se noue le matin, quand vous apprenez par votre groupe ou par des indiscrétions de l'opposition, oui, vous avez quelques taupes chez l'ennemi pour vous renseigner, "tu me dis quel est le scud que vous m'envoyez, je t'arrange quelque chose dans ta circonscription", la boule dans le ventre donc, quand vous savez que ce sera votre tour cet après-midi. Le vertige qui vous saisit quand vous vous retrouvez en bas de l'hémicycle. Au-dessus, 577 visages pas forcément amènes, "les jeux du cirque" témoigne un ex ministre "et la désagréable impression d'être un gladiateur qui a oublié son trident et son filet au vestiaire". L'effroi qui vous saisit quand vous pensez à l'effet papillon d'un mot de travers prononcé dans la fosse aux lions : "rigueur" "faillite "guerre". Pour les "bleus" de 2002, le ministre en charge des relations avec le parlement, Jean-François Copé avait distribué des cassettes video avec les trucs à faire et à ne pas faire. Le modèle à suivre à l'époque, figurez-vous que c'était Dominique Strauss-Kahn ! Pas de fiche, ça fait le ministre qui n'y connait rien, pas de haussement de ton, à la télé où les séances sont retransmises, ça frise l'hystérie, le buste toujours tourné vers sa majorité pour y chercher un soutien, jamais de doigt accusateur vers l'opposition, car c'est provoquer l'affrontement. Alors comment les "bleus" de François Fillon se sont-ils préparés ? ça dépend des "bleus" ! Les "bleus" politiques, qui savent en gros à quoi s'attendre. Leurs conseillers parlementaires phosphorent depuis plusieurs jours sur toutes les questions qui pourraient leur être posées, des dizaines de fiches sont prêtes, pourvu que ça tombe sur la bonne ! Mais il y a surtout les "bleus" de la société civile, totalement novices, cibles prioritaires de l'opposition, tout simplement parce qu'ils sont considérés comme les "maillons faibles" du gouvernement. Christine Lagarde et Rachida Dati pour ne pas les nommer. La première peut compter sur sa formation d'avocate pour ne pas être déstabilisée, mais elle a déjà fait les frais de quelques écarts de vocabulaire. La seconde fait du media training depuis des mois dans une agence de communication renommée Image 7. La gauche veut voir en elle le talon d'achille de Nicolas Sarkozy. Si elle parvient à fragiliser le garde des sceaux, c'est lui qui est touché. Rachida Dati peut donc s'attendre à être bombardée de questions lors des prochaines séances. Enfin, il y a les "bleus/jaunes", les ministres d'ouverture. Eux ont une pression supplémentaire, les éventuels ricanements voire huées de leurs ex petits camarades, même si ce n'est pas la stratégie retenue par le groupe PS, qui voit bien le danger à en faire des martyrs. Bernard Kouchner peut compter sur sa faconde naturelle et son expérience de ministre. Jean-Marie Bockel se dit "cool", mais il échappe à la première séance - il est en déplacement au Cameroun. Eric Besson, lui a largement anticipé l'épreuve. C'est notamment parce qu'il savait qu'il serait une cible facile qu'il a demandé un portefeuille sans attribution précise. Ce matin, il fera donc comme d'hab, son footing, parait-il. Histoire malgré tout de décompresser, car tous savent qu'ils jouent dans les 2, 3 premières séances d'actu, leur crédibilité et leur autorité politique. Et il n'y a pas de loi contre ce byzutage là !

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