Christian Poncelet, le Président sortant du Sénat, va donc quitter son logement de fonction. Ce qui est le plus frappant, c’est toujours la même chose, c’est la réaction de l’intéressé. Dans un communiqué, hier, Christian Poncelet explique qu’il renonçait à habiter dans l’appartement de 200 M2 qui lui était destiné à vie. Pas parce qu’il se rend compte de ce qu’il pouvait y avoir de choquant à demander au contribuable de lui payer son logement de grand luxe, non, c’est pour calmer une polémique, dit-il, indigne et protéger l’institution du Sénat ! Avant-hier, Monsieur Poncelet pensait avoir fait un énorme sacrifice qui suffirait aux « chiens démagogues » -je le cite- que nous sommes, en déclarant qu’il n’habiterait le fameux appartement que jusqu’à la fin de son mandat de sénateur en 2014. Bref au bout du compte, il n’y habitera pas du tout et donc c’est par un communiqué outragé que ce haut personnage de l’Etat nous informe de sa décision ! Il va même jusqu’à se comparer à Pierre Bérégovoy ou Dominique Baudis. Il pense qu’il y a une cabale contre lui. Comme si des concurrents avaient un intérêt à stopper l’irrésistible ascension d’un sénateur de 80 ans ! Christian Poncelet tombe des nues comme un vulgaire salarié à qui on refuserait un logement sous prétexte qu’il ne peut pas avancer les deux premiers mois de loyer et la caution. Le pire c’est qu’il y a des chances pour que le ton de sa réaction ne soit pas une tactique politique mais qu’il reflète réellement l’état d’esprit du sénateur. Il se peut qu’il soit sincèrement outragé, c’est dire la déconnexion totale avec le monde réel, le monde où l’on paie son train, ses repas, son loyer. Il y croit sans se rendre compte de rien ! Pourquoi ne s'en rend t-il pas compte ? Parce que parmi les principaux personnages de l’Etat, (pas tous loin de là, mais quelques uns –en tout cas tout les présidents de la République), il y en a certains dont on a vraiment le sentiment qu’ils ont vécu des décennies hors sol. Prenez Jacques Chirac, depuis 40 ans, il n’a jamais vraiment habité dans un appartement qu’il aurait acheté ou loué. Ministre, maire de Paris, Premier ministre, Président ; logé, nourri, blanchi, transporté, assisté pour la moindre tache quotidienne, pendant plusieurs décennies. Et quand il quitte la vie politique, le voilà logé gratuitement par la famille du Président libanais Hariri. Les Chirac semblaient tomber des nues –eux aussi- quand la presse s’est étonnée que l’ancien Président français soit hébergé aux frais de la riche et influente famille libanaise. Là encore s’estimant victime d’une campagne orchestrée, Jacques Chirac avait fait savoir qu’il resterait dans cet appartement juste le temps d’en trouver un autre. Vous l’imaginez se présentant dans une agence immobilière avec ses deux derniers bulletins de salaires ! Hé bien ce doit être la crise du logement mais ça fait plus d’un an qu’il attend puisque il n’a toujours pas déménagé ! Les sénateurs ont-ils vraiment trop d’avantages ? Bien sûr ! Et c’est à la limite de l’indécence - ce n’est pas faire de l’antiparlementarisme que de dire qu’un Président du Sénat n’a pas besoin -ni pendant son mandat et bien sûr pas après- d’un appartement de fonction hors du palais du Luxembourg. Les sénateurs retraités n’ont pas besoin d’avoir à vie le train gratuit en première classe. Ni 50% à vie sur les billets d’avion ! Pour que tous les hommes politiques ne soient pas mis dans le même panier, il serait bon que l’une des premières mesures de Gérard Larcher, le nouveau Président du Sénat, soit d’aligner tout simplement les avantages des sénateurs (dont l’utilité fait débat) sur ceux -tout à fait raisonnables- des députés. Tout simplement, et juste avant cette première mesure, il pourrait y en avoir une toute première : établir la transparence sur l’argent et le budget du Sénat. Parce que l’opacité règne dans cette assemblée, qui n’a jamais connu l’alternance, et qui est un tout petit peu sensée représenter les Français !

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