**Dans votre édito ce matin, Thomas : la politique et les mots avec trois livres ! Oui, le premier c’est le petit dictionnaire des mots de la crise par Philippe Frémeaux et Gérard Mathieu. Les auteurs définissent, souvent avec humour, tous ces nouveaux mots qui nous sont devenus familiers à la faveur de la crise…on ne sera plus obligé de faire semblant de comprendre « désinter-médiation », ou « titrisation ». La politique est une grande vorace de mots qu’elle chipe aux autres domaines, la finance en l’occurrence. Mais la politique crée aussi énormément. C’est le sujet de « une histoire abra –cada-brantesque », abécédaire de la Vème République. Marie-France Lavarini et Jean-Yves Lhomeau nous montrent à quel point la politique est prolixe. Des expressions imagées sont restées dans le langage courant : « blanc bonnet et bonnet blanc » de jacques Duclos sur Poher et Pompidou en 69, « black, blanc beur » de Claude Bartolone en 98, « le grain à moudre » d’André Bergeron, « ne pas tirez sur une ambulance », de Françoise Giroud à propos de Chaban-Delmas…mais le plus créatif c’est bien sur le général de Gaulle avec la « chienlit » en 68 ou « inaugurer les chrysanthèmes » en 65. Le troisième livre c’est celui dont vous avez parlé mardi Nicolas, l’histoire de la langue de bois par Christian Delporte. L’intérêt de ce livre c’est de bien montrer l’évolution de cet art, de la vieille langue de bois techno à la nov-langue de bois cool et anesthésiante. D’ailleurs nous en avons quelques stères qui nous sont livrées ici chaque matin par certains de nos invités. Voila pourquoi l’auditeur doit avoir les armes pour décrypter le discours. Ces trois livres l’y aideront. L’interviewer, lui, lutte à armes forcement inégales parce que s’il veut défaire la langue de bois, la réduire en copeaux, en direct et bien il change de registre et passe de l’interview au débat. Il sort de son rôle. La reformulation de la question est sans doute la technique la plus en vogue en ce moment chez les politique. Nicolas Sarkozy en est le maitre absolu. Alors nous aussi nous pouvons apporter notre petite pierre au décryptage de la langue de bois, Nicolas. Petit exercice, posez-moi une question anodine… Pourquoi avez-vous mis une chemise grise ce matin, Thomas ? Vous auriez voulu quoi, Nicolas que je vienne torse nu ou en anorak ? De quoi j’aurais l’air ! Voila, vous avez remarqué ? je vous ai répondu par une autre question qui antagonise le sujet, qui caricature votre question. Le but est atteint : Non seulement je n’ai pas répondu à votre question et surtout je vous empêche de la reformuler puisque vous êtes maintenant sur la défensive « non, non ce n’était pas ma question » ça y est vous avez perdu la main…sauf à entrer dans un débat agressif et chronophage. Autre technique, celle là, mise au point par les spécialistes de la communication de crise. C’est la technique dite du « block and bridge », bloquer et faire un pont vers un sujet moins embarrassant. Petit exemple. Posez-moi une question gênante, cette fois ci : Est-ce vrai que vos chroniques sont truffées de fautes d’orthographe ?Monsieur Demorand c’est une question indigne ! Est-ce que je vous demande si vous avez un nègre pour écrire vos relances ? (ça c’est block…et maintenant brigde, tout de suite je réoriente le sujet vers quelque chose de plus flatteur avec une info chiffrée, si possible, donc un argument dur) : savez-vous monsieur Demorand (oui, il faut mettre du « monsieur Demorand » ça dramatise, ça vous met au défit) donc… « Savez vous que mes chroniques sont traduites tous les matins en 27 langues ? ». Voilà, le cas typique c’est le ministre de l’intérieur que l’on interroge sur les chiffres alarmants des agressions aux personnes et qui vous répond invariablement par le chiffre en baisse des cambriolages… BIBLIOGRAPHIE Petit dictionnaire des mots de la crise, de Philippe Frémeau et Gérard Mathieu, ed Alternatives économiques. Une histoire abracadabrantesquede Marie-France Lavarini et Jean-Yves Lhomeau, ed Calmann-Lévy Une histoire de la langue de bois, de Christian Delporte chez Flammarion.**

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