Thomas Legrand revient sur la mise en place des nouveaux rythmes scolaires dans les communes qui ont décidé de les appliquer, dès cette année.

Et le premier constat, les « remontées de terrain », comme disent les élus, c’est que c’est un échec. C’est bien sûr trop tôt pour tirer un bilan définitif; mais pour l’instant, les familles sont désorientées, le personnel enseignant désemparé et les responsables municipaux assaillis de toute part… personne n’est satisfait ! C’est l’exemple parfait d’une bonne réforme, qui avait tout pour bénéficier d’un large accord, mais qui a été gâchée. Dès le départ c’était mal engagé. Les enseignants avaient manifesté –notamment à Paris- contre la réforme en donnant -encore !- l’impression (il suffit de revoir leurs premiers slogans de l’époque) qu’elle allait surtout déranger leur organisation et nuire à leurs conditions de travail. Du coup, on les écoutait avec une oreille suspicieuse quand ils prédisaient les problèmes d’organisation et d’inégalité de traitement entre les communes. Ils n’avaient pas tord. Devant l’opposition syndicale mais aussi les doutes des élus locaux qui ne voyaient pas comment mettre en place des activités périscolaires satisfaisantes avec peu de moyens, Vincent Peillon a dû se résoudre à laisser aux maires la possibilité de n’appliquer sa réforme qu’à la rentrée 2014. Mais une grosse pression s’est abattue sur les municipalités socialistes pour qu’elles soient le plus nombreuses possible à sauter le pas dès 2013. Certaines grandes villes –comme Brest ou Toulouse- qui avaient déjà une politique d’activités périscolaires très avancée ont dit « banco » pour cette année… d’autres comme Paris, qui bénéficient de beaucoup de moyens, d’équipements culturels et sportifs importants ont fait le même choix…

Mais certaines villes, moins bien dotées, plus petites ou plus populaires ont également décidé d’appliquer la réforme dès cette année !

Oui, alors qu’elles n’en avaient pas les moyens. Elles l’ont fait bien souvent pour toucher les subsides de l’Etat qui allaient avec la promesse de commencer cette année… et surtout pour faire les bons élèves socialistes et pouvoir se présenter comme les fers de lance d’une réforme emblématique du quinquennat de François Hollande. Certaine villes ont donc pressé le pas par zèle politicien mais au détriment des enfants. Elles sont aussi passées à côté d’une bonne occasion d’innover –de faire enfin du participatif- dans la mise en place d’une réforme de société, de faire travailler ensemble parents, profs, associations et élus pour mettre au point une rentrée 2014 réussie. C’est d’ailleurs ce qui se passe dans de nombreuses communes qui ont choisi 2014. Donc tout n’est pas perdu. L’expérience malheureuse des 2013 peut servir aux 2014… Et aussi au gouvernement qui, par exemple, devrait se pencher sur l’un des enseignements de la mise en place de la réforme cette année : la grande inégalité entre les villes riches et les villes pauvres. Une réforme de l’éducation donc qui devrait créer de la cohésion, ne devrait pas aggraver l’inégalité spatiale… L’année dernière, le ministre de l’éducation posait cette question, non pas des rythmes scolaires mais des rythmes politiques : pourquoi attendre un an avant de mettre en place une réforme que tout le monde juge bonne pour les enfants ? Eh bien le ministre a maintenant la réponse tout à fait limpide sous les yeux.

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