Emmanuel Macron à cloche-pied.

Jusqu’ici, le président a pu engager des réformes ambitieuses. Mais il n’a pas réussi à convaincre que ses réformes sont équilibrées. Et de fait, dans la symbolique droite/gauche, elles penchent largement en faveur du libéralisme économique. Les syndicats, à des degrés divers, sont contre et ceux, comme la CFDT ou FO, qui ne voulaient pas s’y opposer frontalement, se font déborder par leurs bases. De ne pas vouloir rejoindre la contestation, le patron de FO, Jean-Claude Mailly, est même menacé à la tête de son organisation. Le MEDEF, lui, ne cache pas sa joie. Il enjoint le gouvernement, par un conseil bien mal habile et certainement contre-productif, à tenir bon. Les mesures budgétaires qui favorisent les petits salaires sont noyés sous la contestation de gauche et le silence satisfait ou embarrassé de la droite. Pour l’instant on ne voit pas, dans le train de réformes, l’équilibre qui constituait la matrice du programme du candidat Macron. L’équilibre, c’était, par exemple, plus de latitude dans le droit du travail pour les patrons des PME, mais avec «en même temps» plus de droits et de moyens pour la formation individualisée, l’accompagnement personnalisé, et des syndicats plus associés dans les petites entreprises où il y aurait enfin du grain social à moudre. Pourtant, là, en matière économique, l’idée qui domine c’est celle d’une politique gouvernementale pour les riches. En matière régalienne, avec la loi qui intègre au droit commun, des pans de l’état d’urgence, la balance penche furieusement du côté droit. Pareil avec le discours (plus qu’avec la réalité des mesures d’ailleurs) sur l’éducation.

Les mesures de gauche, c’est peut-être pour plus tard ?

Peut-être, mais donc cela veut dire que ce n’est donc pas «en même temps». Le président n’arriverait donc pas à inventer des mesures originales et non étiquetables ? Une certaine logique d’équilibre promis semble cassée. Bien sûr Emmanuel Macron n’a pas gagné l’élection sur ses promesses économiques mais celles-ci ne l’ont pas empêché de gagner. Jusqu’ici, les mobilisations contre la politique engagée n’étaient pas menaçantes, les grèves peu suivies parce qu’au fond, la population se dit que tout ce qui est entrepris avait été annoncé avant et qu’il faut que le président aille au bout de sa logique. Mais respecter des promesses, ce n’est pas simplement appliquer les mesures présentées lors de la campagne, c’est aussi en respecter l’esprit. Quand François Hollande proclamait « mon ennemi, c’est la finance », les Français ne retenaient pas une mesure particulière, mais un esprit général, une ligne directrice, qui n’a pas été suivie. Pour Emmanuel Macron, c’est la même chose avec l’équilibre droite/gauche, ou le dépassement de ce concept. Ce n’est pas Edouard Philippe, en vantant le modèle allemand (pas scandinave), ce n’est Gérald Darmanin trouvant qu’Emmanuel Macron c’est Sarkozy en mieux, ni Bruno Le Maire qui finit par concéder que peut-être on pourrait taxer un peu plus les yachts, qui vont redonner cette impression d’équilibre. La jambe droite du macronisme est lancée ! Elle fait un grand pas. Le macronisme traîne la pâte gauche… pour l’instant du moins.

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