Ce matin, le discours prononcé hier par Emmanuel Macron devant le Conseil de l’Europe à Strasbourg pour le 70ème anniversaire de cette institution dont on parle peu mais qui regroupe 850 millions d’Européens, au sens large puisque la Russie et la Turquie en font partie.

Emmanuel Macron au Conseil de l'Europe à Strasbourg pour les 70 ans de l'institution.
Emmanuel Macron au Conseil de l'Europe à Strasbourg pour les 70 ans de l'institution. © AFP / Abdesslam MIRDASS / Hans Lucas

Le conseil de l’Europe, instance intergouvernementale a principalement pour but de renforcer l’état de droit sur le continent. Autant dire (même si ses conventions n’ont pas de caractère obligatoire) que l’on devrait prêter un peu plus d’attention à ses travaux. Tous les pays n’en sont pas au même niveau de  respect des libertés civiles, même s’ils sont signataires de la  Convention européenne des droits de l’Homme. Le Conseil de l'Europe abrite aussi la Cour européenne des droits de l’Homme. C’est  donc devant le Conseil que le président a prononcé un discours bien français. Il a pointé la Russie, la Turquie et rappelé, je cite, que : 

La dignité de la personne humaine, la force de  l'état de droit, ne sont pas négociables, ne peuvent être remises en cause

Beau discours donc...

Oui...  Et c’est là que l’on se dit que les mots d’Emmanuel Macron devant les étrangers (que  ce soit sur l’environnement ou sur l’état de droit) sont toujours  frappés au coin de la vertu humaniste, comme doit l’être le message du pays des Lumières. Sauf que si la France, du point de vue de l’état de  ses libertés fondamentales, ne peut pas être comparée aux pays illibéraux de l’Est, ou autoritaires comme la Russie, la Turquie, elle n’est cependant pas en mesure de faire la leçon efficacement au reste du continent. 

Notre démocratie, malgré ses  défauts, nos libertés,  font de la France un pays enviable. Mais la tendance, depuis le début des années 2000 (et ça ne change pas  avec Emmanuel Macron censément libéral) n’est pas à l’accroissement des droits et libertés. Les lois sécuritaires se succèdent depuis 2002, les systèmes de surveillance de masse progressent et nos débats ne sont que sur le rythme de leur accroissement. Face au  terrorisme,  nous avons même intégré dans notre droit commun une bonne  partie des règles de l’état d’urgence. 

Le domaine du juge se réduit au profit de celui de l’administration et de la police

Et on encadre toujours plus le droit de manifester. On envisage de réduire les droits des migrants et les possibilités d’asile. 

Tout ça avec l’assentiment du peuple, donc de façon démocratique. A la teneur des observations qui sont adressées à la France  par le Conseil de l’Europe sur l’état de notre doctrine dangereuse de  maintien de l’ordre (que le président a d’ailleurs promis de réformer), sur notre politique migratoire, l’état de nos prisons... 

Il devient évident que Paris, désormais, se paie de mots  en tenant son discours classique. 

On observe souvent le hiatus entre les mots et les actes des dirigeants français, tels que le ressent la  population. Mais il y a maintenant un hiatus entre les mots et les actes français tels que le perçoivent nos voisins européens. Est-ce un effet de la puissance du verbe (presque aussi  importante que celle des actes) dans notre mentalité politique nationale ? Toujours est-il que le beau discours du président hier à Strasbourg semblait d’une teneur très théorique... 

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