La mise en place du RSA, le Revenu de Solidarité Active, c’est la grande affaire politique de cette rentrée. Son financement par une taxation du capital déroute les socialistes comme la majorité. Nicolas Sarkozy n’aime rien tant que de prendre la gauche à « contre pied ». C’est son expression et c’est vrai qu’au parti socialiste, ils ont eu du mal à critiquer frontalement cette mesure. Mais le problème avec le contre pied, c’est que ça ne surprend pas simplement ses adversaires, ça laisse aussi bouche bée son équipe ! Et la façon dont ce coup a été préparé, c'est-à-dire, en vitesse et bien sûr à l’Elysée dans un cercle très restreint, a abouti à un joli couac. Dimanche soir, interrogé sur le fait de savoir si la taxe qui financera le RSA sera intégrée au bouclier fiscal, Patrick Devedjian avait répondu avec une belle assurance : « bien sûr que non ». Le financement du RSA ne doit pas être limité par le plafond de 50 % que représente le fameux bouclier fiscal - en gros « les riches ne seront pas épargnés ». Sans doute Patrick Devedjian essayait-il d’être cohérent avec les déclarations du Président sur le sujet. Nicolas Sarkozy disait, mercredi dernier à Laval, à la façon d’un vendeur de "L’Huma Dimanche" : « si il y a de l’argent pour le haut, il doit y en avoir pour le bas », c’est beau comme du Georges Marchais ! Donc, on se dit comme Patrick Devedjian, en entendant ça, évidemment le bouclier fiscal n’est pas concerné par cette mesure. Et c’est là la subtilité, le contre pied dans le contre pied : voilà que dans la matinée d’hier, le premier ministre dit le contraire. Le bouclier fiscal est inviolable. Un couac peut-être... mais finalement efficace puisque la mesure va certainement passer. François Hollande a d’ailleurs téléphoné à Martin Hirsh pour lui dire que les socialistes ne batailleront pas contre son projet fin septembre à l’assemblée. De son côté, la majorité qui râle devrait finir par accepter la taxation du capital. On peut dire alors qu’avec ses méthodes déconcertantes, le président arrive à réformer, à faire (pour utiliser un terme à la mode chez les politique) « bouger les lignes ». C’est le discours que Nicolas Sarkozy demande à son petit groupe de sept ministres de relayer dans les médias. Mais on peut très bien définir ce contre pied si mâlin de façon plus simple : qu’est-ce qu’un contre-pied ? Pas besoin d’être énarque ou footballeur pour savoir que c’est l’art d’aller dans la direction où l’on ne vous attend pas. Et pourquoi on ne vous y attend pas ? Simplement parce qu’il y un peu plus d’un an, vous aviez promis que vous n’iriez pas ! Autrement dit –vu comme ça- le contre pied politique, c’est l’art de ne pas tenir ses promesses, en l’occurrence de ne pas augmenter les impôts ! Une façon de faire de la politique assez classique. Tous les grands dirigeants politiques ont été adeptes du contre pied. C’est même une tradition très française qui a eu ses heures de gloire avec les radicaux après la guerre : vous savez, « la chèvre et le choux », « un coup à droite, un coup à gauche ». C’est d’ailleurs Edgar Faure, l’un des papes du radicalisme de la quatrième République, qui apportait cette définition que l’on pourrait appliquer à la situation d’aujourd’hui. Il disait : « La réforme fiscale, c’est quand vous promettez de réduire les impôts sur les choses qui étaient taxées depuis longtemps et que vous en créez de nouveaux sur celles qui ne l’étaient pas encore ! ».

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