Eric Dupont-Moretti fait entendre une musique qui contraste avec les propos sécuritaires de Gerald Darmanin

On l’attendait, c’est arrivé. Un clash entre les deux ministres régaliens chargés de la sécurité, à l’heure ou ce thème apparait, comme un angle mort du macronisme… Quelle est la doctrine du président sur ces sujets ? Nul ne le sait encore. Le débat a donc lieu au sein du gouvernement et il ne pouvait pas en être autrement. Emmanuel Macron, nommant un chef de la police sarkosiste sécuritaire et un garde des sceaux avocat tonitruant des libertés… ça ne pouvait que détonner. Le président a donc poussé le ‘enmêmetentisme’ dans le rouge ! Est-ce fait exprès ? En tout cas tout le monde savait que ça devait arriver. Vous aurez remarqué que si cette controverse avait eu lieu avant l’été, entre Nicole Belloubet et Christophe Castaner, on aurait parlé de couac… Et puis on serait passé à autre chose. Là, quand deux grandes gueules s’opposent, on y voit un combat de deux lignes incarnées par deux figures ?  

Un débat légitime ? 

Oui, si l’un des deux ne tenait pas sa position, pour le coup il serait traité de renégat à sa cause. Mais on voit bien la portée stratégique de l’affaire : faire en sorte que tout se passe dans la majorité, marginaliser l’opposition, la rendre inutile. L’idée c’est que lorsque Emmanuel Macron sera accusé d’être trop à droite, ses défenseurs pourront dire ‘oui mais il y a Dupont-Moretti’ et l’électeur rebuté par les surenchères sécuritaires et populistes s’en souviendra au moment du choix éventuel entre Macron et Le Pen. Quand l’électeur de droite aura des doutes sur Emmanuel Macron il lui sera dit ‘oui mais il y a Darmanin’… Mais organiser le débat comme ça, en son sein, constitue une entourloupe parce que l’arbitrage du premier ministre intervenu hier dans la journée ne dit rien. Il donne raison au ministre de la justice sur les termes (on ne dit pas ensauvagement, soit) mais dans la vraie politique, dans l’action, il faut attendre le 9, le séminaire sur la sécurité. Et là, c’est plutôt la pente sécuritaire qui est envisagée. Ce sont là des dérapages, non pas organisés mais plutôt contrôlés.  Qu’en sera-t-il quand un évènement imprévu surviendra ? Quand un bateau plein de réfugiés entrera dans les eaux territoriales françaises ? Si Darmanin suit sa ligne stratégique, il refusera l’accostage du bateau. Dupont-Moretti, en cohérence avec lui-même ne pourra que réclamer, lui, l’accostage. Là l’ambiguïté ne sera plus de mise. Le bateau devra accoster ou ne pas accoster. Ces ministres sont aussi (surtout ?) des ministres de la parole en vue de l’élection… mais il reste quand même 16 mois de réalités. Voilà pourquoi le ‘enmêmententisme’, ligne pratique pour se faire élire est plus scabreuse pour se faire réélire. 

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