Hier Dominique de Villepin a donné sa dernière conférence de presse mensuelle comme premier ministre. Ce matin Jacques Chirac rendra une de ses dernières visites à l'armée. Bernadette Chirac, elle, inaugurera dans l'après-midi la permanence d'un candidat UMP aux législatives. Tous les trois semblent déjà dans « l'après » présidentielle. Ils ont été les acteurs principaux des 2 présidentielles précédentes, le triumvirat familial, Jacques, Bernadette et Claude Chirac, et le hussard du président Dominique de Villepin. Aujourd'hui, ils sont les spectateurs passifs d'une bataille qui se joue sans eux. Passifs et déjà dans "l'après". Alors que fera Jacques Chirac après ? Après avoir accueilli son successeur à l'Elysée, au plus tard le 16 mai prochain, après que celui ci l'aura raccompagné au bas des marches du palais, et l'aura regardé franchir une dernière fois les grilles de la rue du Faubourg Saint-Honoré. "Manger et voyager, comme avant", dit un Jacques Chirac redevenu touriste en chemise hawaïenne, dans un dessin de Tignous il y a 15 jours dans "Charlie hebdo". Pas si simple. Si la seule confidence de l'intéressé sur le sujet a été faite devant des millions de téléspectateurs le 11 mars dernier, "l'heure est venu de vous servir autrement" disait-il en annonçant son retrait de la course présidentielle. En réalité le président parle peu, et à de très rares confidents de cet "autrement". Mais "Bernadette est perdue, Bernadette a peur de ce qui va arriver maintenant" témoigne un habitué de l'Elysée. Un habitué qui voit l'angoisse étreindre le couple présidentiel à l'idée de vivre ce qu'il a si longtemps refusé, la retraite. "Jacques Chirac, témoigne ce proche, se préoccupe de recaser tous ses collaborateurs, tout en sachant que d'ici quelques jours, il sera seul avec lui-même. Il s'inquiète pour Claude sa fille, qui vit en osmose avec la fonction présidentielle depuis 12 ans, pour Bernadette aussi qui évoque souvent avec angoisse, la "petite soupe" qu'elle ne se voit pas partager tous les soirs avec son ex président de mari. Alors, oui, Jacques Chirac parviendra sans doute à prendre la tête d'une grande fondation, pourquoi pas la future agence onusienne de l'environnement, mais il connaitra à coup sûr, le blues post-élyséen. Jean-Pierre Raffarin, qui a connu le pouvoir et l'éloignement, parle avec des mots justes de cette vie d'après. "Cette vie où l'on vit tout à coup des journées inutiles, quand à Matignon, dit-il, tous les jours sont utiles". Lui dit sa satisfaction d'avoir su se reconstruire, et rebondir, d'avoir su aussi, protéger sa fille du tourbillon du pouvoir; "elle a toujours pris le métro" assure-t-il, "car dès que vous donnez une voiture et un chauffeur à un enfant, vous le désaxez." Alors Dominique de Villepin, lui, que va-t-il faire Après ? La course à pied, l'écriture, l'enseignement, les conférences, "je suis un homme de passions disait-il hier, j'assouvirai toutes mes passions. Il se voit déjà donner des cours aux Etats-Unis, en Chine, en Afrique, au Moyen-Orient. "J'ai appris de l'Inde qu'on peut avoir plusieurs vies" confiait-il hier, à l'heure de prendre congé des journalistes. S'inventer une nouvelle vie, pour Dominique de Villepin, comme pour Jacques Chirac, il ne s'agira plus dans quelques jours d'une philosophie, mais d'une obligation.

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