"Le président et moi", chronique de 10 années passées aux côtés de Nicolas Sarkozy par Philippe Ridet. Encore un livre sur Sarkozy... Encore un livre de journaliste... Pfuiit... 2 bonnes raisons de ne pas le lire penseront certains. Et bien ils auront tort. Tous ceux en tout cas qui s'intéressent à la pratique du journalisme politique et à la façon dont Nicolas Sarkozy a fait incontestablement évoluer notre métier. Philippe Ridet, journaliste au "Monde", journaliste "embedded", embarqué comme on le dit des correspondants de guerre, embarqué donc dans le cirque Sarkozy depuis 10 ans, le temps de la conquête du pouvoir pour l'un, le temps de se poser des milliers de questions pour l'autre nous livre ce joli livre, informé, interrogatif, interrogateur, drôle, vraiment drôle, et humble, tellement humble, à l'usage de tous ceux qui à l'intérieur comme à l'extérieur de notre profession, n'avancent et n'accusent que bardés de certitudes. Philippe Ridet raconte cette campagne présidentielle où, pour la première fois, la presse fut mise au banc des accusés. "L'heure était à la méfiance, écrit-il, pour un mot mal choisi, une absence d'hystérie, nous étions catalogués dans un camp, chaufés à blanc par Bayrou et Royal. Nous étions quelque part entre les prostitués et les contrôleurs des impôts, c'est-à-dire assez bas dans l'estime générale." Sale période oui, où les blogueurs, et quelques confrères, se déchainent. "Journaliste derviche, journaliste à la solde, laisse d'or", les journalistes suiveurs sont vus comme des reflets du candidat suivi. Philippe Ridet n'évacue rien des questions/accusations. La connivence induite par le tutoiement. Oui, il l'avoue "je tutoie Nicolas Sarkozy". "Avec ce TU, les politiques croient vous faire entrer dans le cercle magique de la connivence. Pourquoi chercher à les détromper ? Le journalisme est aussi une science du camouflage." Le rapport pervers de Nicolas Sarkozy aux journalistes. Il les balade, il les méprise, il les rudoie, mais il n'a qu'eux en points fixes dans la vie. Sans eux, il perd sa trace et son image. Chacun d'eux est un stéréotype pour lui, le tombeur, le père divorcé, la femme qui travaille et qui a des enfants. "Nous sommes sa petite France" écrit joliment Ridet. Les erreurs aussi que lui, le journaliste suiveur peut se laisser aller à commettre, pousser la chansonnette, dans une fin de soirée avec le candidat. Quelle folie ! Mais tout raconter le lendemain dans son journal, de cette scène un peu ridicule et laisser le lecteur lire comprendre et décrypter "une habitude qui se perd", note sobrement Ridet. Les affres dans lesquels le plonge chaque nouvel assaut de la vie privée du candidat dans l'actualité. La lecture assidue de "Gala", "Voici" et les autres, désormais bien mieux informés que la cohorte des journalistes politiques, à qui l'on reprochera, de toute façon, de ne pas en parler : "Quoi vous saviez, et vous n'avez rien dit ?" ; puis d'en parler "Quoi c'est ça votre métier ?". Tiraillé, fatigué, pris parfois d'envie de silence, Philippe Ridet avoue son impuissance : "Pour l'instant, nous n'avons qu'un rôle subalterne. Le chef de l'Etat, constate-t-il, a fait exploser les frontières du genre aux confins du people, de l'enquête psychologique et de la critique théâtrale". Mais il ne désespère pas : "Je continue d'affirmer que le seul rempart à la communication sans fin du président, est d'en décortiquer les rouages, qu'il faut opposer l'expertise aux annonces sans fin et l'ironie de l'écrit au choc des photos." Voilà, trouver la bonne distance de son sujet, passer du proche au lointain, "s'approcher du centre pour se réfugier sur les bords", écrit Ridet, mesurer mieux que nul autre, "le risque de la proximité et son charme vénéneux". Ce témoignage, humble et drôle, prouve qu'avec de l'intelligence et du talent, on se sort de bien des situations dans le journalisme politique aussi, même celle de suivre Nicolas Sarkozy ! _____LIVRE : "Le président et moi", Philippe Ridet, ed. Albin Michel.

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