Le G20 peut-il avoir un impact sur le climat politique français ? D'abord, ce qui était frappant hier pour qui a regardé les trois conférences de presse, celle de Gordon Brown, celle de Barack Obama et, bien sûr, celle de Nicolas Sarkozy, c'était de constater qu'après avoir travaillé à 20 pendant deux jours pour trouver les chemins de la sortie de crise, après avoir, chacun, oublié un peu sa culture d'origine, légèrement dilué ses propres dogmes économiques pour concéder, qui un peu de relance, qui un brin de régulation ou un soupçon de transparence, chacun n'a montré à son opinion que ce qu'il pensait qu'elle voulait entendre. Nicolas Sarkozy, en tenant sa conférence de presse exactement en même temps que Gordon Brown, qui était pourtant l'organisateur, le représentant du pays hôte ; Nicolas Sarkozy a surtout développé l'aspect régulation. Le but était bien sûr de montrer que la vision française d'un capitalisme plus encadré, sous contrôle d'organisme interétatique avait progressé. A plusieurs reprises, il a évoqué la vision dite anglo-saxonne du capitalisme qui avait reculé. Il s'est mis au centre de cette petite révolution en prononçant des phrases comme « Barack Obama m'a bien aidé à convaincre les Chinois sur les paradis fiscaux ». Dans ce genre d'exercice, c'est l'aplomb qui compte. Pas seulement pour se pousser un peu du col, mais aussi pour déclencher le cycle de la confiance. Il faut créer un reflexe du genre « c'est reparti dans le bon sens », entendez le nôtre. Alors il y a un écueil, hier, à éviter. Nicolas Sarkozy met en avant toutes les avancées obtenues en matière de régulation. Chacun comprend qu'il s'agit d'empêcher que se reproduise une crise financière, mais nous sommes maintenant dans une crise économique et sociale. En quoi le tour de vis sur des mécanismes de titrisation et ou de plafonnement des risques pour les banques peut avoir une influence sur les emplois en France ? Tout le travail politique de ces prochaines semaines, sera, bien sûr, de dire, que pour résoudre la crise économique, il faut que les investisseurs retrouvent la confiance dans le système financier. Pour l'instant, c'est un message assez nébuleux et parfois abscons. L'enjeu pour Nicolas Sarkozy sera de transformer ce discours très technique, cette sorte d'ésotérisme de la finance en discours propre à redonner de l'espoir. Ce n'est pas gagné. Et pendant ce temps, en France, le débat politique tourne autour de l'emploi. On est loin des questions subtiles et lointaines sur la régulation de la finance. Ségolène Royal peut affirmer, par exemple, « Avec moi, Gandrange, Caterpillar et Heuliez seraient sauvés ». Avouez que c'est plutôt gonflé comme déclaration, au moins aussi gonflé que ce qu'a dit Nicolas Sarkozy mercredi matin à propos de Caterpillar. « Je sauverai Caterpillar ! ». Les ouvriers de Gandrange, qui avaient entendu ce genre de phrases, ont dû apprécier et ceux de Caterpillar ont le droit d'être méfiant. Le Président nous a habitués, c'est vrai, à ces déclarations qui font preuve d'un volontarisme à la fois énergique et confondant. On ne sait jamais si c'est Napoléon sur le pont d'Arcole ou Don Quichotte se fracassant sur les moulins. « Je vais sauver Caterpillar » ! On a un peu envie de lui conseiller, cette fois, de le faire avant de le dire, quitte à s'en glorifier après si ça marche. Pour ce qui est de Ségolène Royal qui aurait donc sauvé les trois entreprises et sans doute bien d'autres, la situation est plus confortable parce qu'évidemment, on en aura jamais la preuve ; c'est étonnant comme pour beaucoup d'hommes et de femmes politiques, mais surtout pour ces deux là qui, décidément, n'étaient pas finalistes en 2007 par hasard, les notions de « dire » et de « faire » sont à ce point mêlées. Et là, cette citation du grand politologue du vingtième siècle : Bourvil : « le dire c'est bien mais le faire...c'est mieux ! »

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