Par Marc Fauvelle.

Au lendemain des aveux de Jérôme Cahuzac, vous revenez sur le mensonge en politique…

De Machiavel aux diamants de Giscard, des affaires Tapie, Noir-Botton, aux années Mitterrand ou Chirac –et j'en passe- il serait facile ce matin de tomber dans le piège du « tous pourris »... D'expliquer par « A+B » que le mensonge fait partir de l'ADN des hommes politiques, au même titre que la voiture de fonction ou la cocarde républicaine sur le pare-brise, « tous les mêmes, tous dans le même panier »… J'ai le souvenir que l'an dernier, des candidats à l'épreuve de philo au bac avaient planché sur la question suivante : « Le mensonge est-il une vertu politique ? » On imagine qu'avec l'affaire Cahuzac, ils s'en seraient donnés à cœur joie.

Mais dans le cas de l’affaire Cahuzac, on est dans le mensonge hors-norme, c’est un scandale pas comme les autres .

Oui, et cela tient à plusieurs facteurs. Le fait que le fraudeur soit celui qui était chargé de chasser les fraudes, l’homme de la bourse pris la main dans le sac, le « père la rigueur » qui ne se l’appliquait pas à lui-même. Ensuite, l’incroyable feuilleton du déni. Durant quatre mois, Jérôme Cahuzac n’a cessé de clamer son innocence : les yeux dans les yeux, en bloc, en détails, devant François Hollande, à la télé, devant l’Assemblée... Plus il disait que ce n’était pas lui, plus le poison du doute s’installait. Les psychanalystes parleraient peut-être de dénégation, ou plus simplement de déni de réalité. Et puis, surtout, c’est l’extraordinaire dénouement qui frappe les esprits, plus encore que la démission du ministre il y a deux semaines. L'ancien ministre qui demande lui-même à être convoqué par les juges, pour soulager sa conscience, on n’avait jamais vu ça en France. Il y a dans la démarche de Cahuzac quelque chose de très américain. Dans cette façon de demander pardon aux Français, à François Hollande mais aussi à sa famille, à ses amis. Dans les mots employés : « je suis dévasté par le remords », « je me suis fourvoyé dans la spirale du mensonge ». On pense à Bill Clinton demandant pardon aux Américains d'avoir menti dans l'affaire Lewinsky. Le mensonge est devenu plus grave que le fait lui-même, alors qu'en France ce crime de parjure n'existe pas. Bien sûr, il faut être lucide, il y a une part de communication dans tout ça. Mais derrière cette contrition politique, il y a aussi une petite forme de vérité même très tardive. Jérôme Cahuzac aurait pu faire comme bien d'autres, continuer à mentir, attendre des années que la justice passe, que les médias l’oublient un peu. On vient d'en avoir l'illustration avec l’affaire des faux électeurs de Paris, jugée quinze ans après les faits. Jean Tibéri a été condamné, oui, mais entre temps, il a été réélu triomphalement et surtout, il est toujours là.

Quelles leçons tirer de ce scandale ?

D’abord qu’il va laisser des traces à gauche, mais que la droite aurait tort de s’en réjouir, elle qui était restée plutôt sobre jusqu'ici. Par un effet boomerang, l'opinion publique pourrait renvoyer tout le monde dos à dos. Après Sarkozy, Cahuzac ; et dans ce cas-là, ce sont les extrêmes qui ramassent la mise. Deuxième leçon, François Hollande est touché lui aussi. Son autorité est affaiblie. Hier soir, il a envoyé son Premier ministre au front, mais s'il s'avère que si le Président a couvert, d'une manière ou d'une autre son ministre, on passera d'un mensonge à une affaire d'Etat. Dernière leçon, la justice fait son travail, contre un homme de gauche, alors que la gauche gouverne et c’est bien là, la seule bonne nouvelle ce matin.

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