Ce Matin… le moment Mélenchon !

Ce Matin… le moment Mélenchon !

Oui, nous entrons dans une période décisive où une bonne partie de la population, pas forcément passionnée par la politique, commence seulement à s’intéresser à la présidentielle. Le taux d’indécision reste très haut, c’est donc maintenant qu’il faut être bon, en phase avec les aspirations fortes de l’opinion. Et, justement, ces jours-ci (en fait depuis le 1erdébat) JL Mélenchon surprend, détonne. Il suffit de faire un rapide tour d’horizon des autres candidats pour comprendre que chacun (sauf lui) est entravé par un impératif qui le bride : le plus atteint, bien sûr c’est Fillon. A cause des affaires, il ne peut plus tenir le discours de sacrifice, de probité et de rectitude qui avait fait son succès à la primaire. Hamon, distancé, est victime de la fracture du PS. Macron, favori, a basé sa dynamique sur le dépassement du clivage gauche droite, ce qui l’oblige à tenir des équilibres affadissants. Il domine et veut naturellement conserver cet avantage sans trop prendre de risques. Marine Le Pen stagne. Bien plus haut que JL Mélenchon, 10 points au-dessus, mais les affaires qui la touchent aussi (qui ne lui ont pas nui, jusqu’ici) l’empêchent, toutefois, d’entonner le «tous pourris» qui serait pourtant très rentable auprès des électeurs antipolitiques... ceux, justement qui se réveillent en ce moment pour s’intéresser à la campagne.

JL.Mélenchon, lui, n’est entravé par rien!

Non, il parle de façon débridée mais son propos est très construit. Son discours renouvelé est protestataire et apaisé à la fois. Le thème de l’écologie l’a sorti de l’âpre vulgate d’affrontement de la lutte des classes. Toujours anticapitaliste acharné, toujours aussi efficace tribunicien, il tient, comme hier à Châteauroux, des meetings singuliers, où il apparaît en bon grand-père hugolien, humaniste, où alternent grandiloquence et intimisme. Il ne s’agit plus seulement (et plus d’abord) de prendre brutalement aux riches, mais de produire, de consommer et vivre autrement, en respectant la nature. Il pourrait presque tenir ce discours assis en fumant la pipe et en caressant un gros chat. Il parle d’harmonie, de vertu, de fraternité, dans un propos bien moins agressif qu’en 2012, sans atténuer, pour autant, sa critique sociale. Sa façon de dire «vous les gens» au lieu de «Camarades», de tutoyer son auditoire, de s’en prendre non pas au système (comme les autres) mais aux oligarchies, aux puissants, aux « parfumés » (pour reprendre l’un de ses mots imagés d’hier), de citer les poètes, sans prompteur, de déambuler paisiblement avec sa veste-blouse d’instit’d’antan, sévère mais bienveillant, tranche avec le Mélenchon colérique, commissaire du peuple de 2012. Dans ce moment cathartique qu’est la présidentielle, JL Mélenchon fait écho auprès d’une bonne partie du peuple de gauche et d’indécis, épuisés, désillusionnés. En proposant la transition écologique comme matrice, il offre une nouvelle utopie évidente, concrète et plus douce aux oreilles et à la conscience d’une partie de la gauche, en quête d’un nouvel horizon plus que d’un nouveau Président. Ce qui permet à Mélenchon de briller efficacement dans le souhaitable plus que dans le faisable.

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