En ce moment, il est beaucoup question de la « convergence des luttes »…

Cette idée est un vieux rêve d’essence révolutionnaire qui surgit à chaque période de tensions sociales. Elle a parfois été réalisé en 1936, en 1968. On devrait plutôt parler de concomitances des luttes qui ont fait avancer des revendications éparses mais qui n’ont jamais (au XXème siècle du moins) abouti à un renversement total du pouvoir. Aujourd’hui, ceux qui parlent de «convergence des luttes» ne prétendent pas prendre le pouvoir  mais poussent, via un mouvement social, à une autre logique économique, d’autres choix de société qu’ils n’ont pas obtenus par les urnes. Le mouvement Nuit-debout qui, en 2016, avait pour prétention de faire converger les luttes des femmes, des immigrés, des précaires, des Goodyear, les zadistes, s’est avéré être, en réalité, une petite histoire. Il n’a pas empêché le vote de la loi El Khomri, ni son amplification un an plus tard par la loi travail. Aujourd’hui, comment pourrait se traduire la dite «convergence» entre les cheminots qui veulent garder leur statut, les hospitaliers qui n’arrivent plus à soigner leurs patients, les automobilistes qui pestent contre le 80 à l’heure, les zadistes de NDDL qui veulent expérimenter une autre agriculture, les employés de la grande distribution qui veulent garder leurs emplois, les retraités qui craignent pour leur pouvoir d’achat, les pilotes de ligne qui veulent des augmentations, les étudiants qui ne veulent pas de sélection à l’entrée de l’université ? On voit bien,  à l’énoncé de ces doléances, qu’il s’agit plutôt d’une fragmentation (parfois même antinomique) des demandes sociales. Qu’est-ce que l’aide-soignante d’un EPAD à bout peut partager de colère avec un pilote d’Air France qui veut sa part des bénéfices de sa compagnie ? La convergence des luttes est une illusion…

Le gouvernement peut dormir sur ses 2 oreilles alors?

Non, parce que si ces mécontentements ne dessinent pas un modèle alternatif cohérent, il peut naître un front du refus. Si le gouvernement continue à n’avoir comme but politique lisible que le pragmatisme (c’est-à-dire s’il continue à confondre l’outil et l’objet qu’il fabrique), alors peut se répandre l’idée que l’ensemble des réformes voulues  ne vise à rien d’autre qu’à adapter le modèle français à la mondialisation libérale. C’est peut être le cas mais alors le gouvernement et le président devraient déployer plus d’efforts et d’imagination pour démontrer à ceux qui en doutent que le modèle français ne s’y perdra pas et même aurait tout à y gagner… Parce que ça ne va pas de soi ! Il est des mouvements sociaux (par exemple ceux des étudiants) qui prennent comme prétexte un texte, une mesure, pour protester (non pas contre le texte ou la mesure) mais contre le monde qui est censé aller avec. Quel monde va avec toutes ces mesures ? Y en a-t-il simplement un ? Emmanuel Macron ne le dit pas et ses porte-parole ne savent pas le dire ! La convergence des luttes n’existe pas mais la convergence des angoisses, des incertitudes, des colères, peut avoir des effets politiques non moins dévastateurs.

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