.Européennes : la position du RN de 2019 n’est plus celle du FN 2014....

Les choses ont changé en 5 ans. En 2014, le parti d’extrême-droite, arrivé en tête, envoyait 24 députés à Strasbourg. Miné par les divisions et l’amateurisme il n’en reste plus que 16. Lors de la dernière campagne, Marine Le Pen voulait que la France retrouve sa souveraineté monétaire (c’est-à-dire sorte de l’euro), la campagne présidentielle est passée par là, qui a montré que la patronne du RN n’arrivait plus à assumer cette position ni d’ailleurs la position inverse. Et en la matière,  il n’y a pas d’entre-deux, on est euro ou franc ! Puis Florian Philippot, souverainiste intransigeant, est parti. La position de Marine Le Pen ne s’est pas clarifiée pour autant. Entre 2014 et maintenant, il y a aussi eu le Brexit... Marine Le Pen l’avait soutenu comme valeur d’exemple. Aujourd’hui, Jordan Bardella, la tête de liste RN, réaffirme son opposition au Frexit. Il sait que malgré la mauvaise image de Bruxelles, l’idée de la dislocation de l’Union n’est pas du tout populaire, surtout chez ceux qui votent le plus : les retraités. Et puis, vu l’inconséquence des parlementaires britanniques favorables au ‘leave’, défendre les Brexiters, qui refusent l’accord passé entre l’Union et Theresa May, c’est défendre l‘Angleterre contre les intérêts de la France... position difficilement tenable pour un parti nationaliste. 

Les nationalistes et les populistes sont maintenant légion en Europe… ça c’est bon pour le RN !

Oui... bien des populistes sont au pouvoir. Seulement ils sont très divisés et ne seront pas en mesure d’être majoritaires à Strasbourg. La vitalité nationaliste permet quand même à Jordan Bardella de dire que l’Europe des Nations est enfin envisageable. Cette notion de l’Europe des Nations est  à questionner... Le RN évoque l’Europe d’Airbus ou d’Ariane. Mais l’Europe des coopérations était mue par la dynamique d’Union. Dynamique que l’extrême-droite refuse. Qu’est-ce que l’Europe des Nations, finalement, si ce n’est celle que nous vivons. La Commission est composée de membres nommés par les exécutifs de chaque pays. Les nationalistes, hongrois, polonais, autrichiens, italiens,  au pouvoir vont d’ailleurs nommer, pour la 1ère fois, des commissaires (il sera intéressant de voir si Marine Le Pen les fustige aussi en parlant des commissaires non élus). Toutes les décisions importantes sont celles de nations additionnées. L’Union n’est pas une fédération. Comment être sûr, dans un monde d’empires commerciaux (américain, chinois, indien), d’empires agressifs, qu’une Europe encore plus des nations, encore moins intégrée (petites nations que nous sommes) ne sera pas surtout une Europe des confrontations internes. En résumé, quand il s’agit de râler contre Bruxelles, ses technocrates, la commission non élue, Marine le Pen trouve un certain écho dans l’opinion. En revanche, quand il s’agit d’en tirer les conséquences et de proposer des solutions non anxiogènes, la cohérence du RN est mise à mal. Mais le seul caractère protestataire suffit quand même, vu l’état d’exaspération du pays, et vu la stratégie de polarisation du président (nationalistes vs progressistes), suffit à assurer à la liste d’extrême-droite très probablement une place dans le duo de tête, fin mai.

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