Certains parlent de "mensonge d’Etat" s’agissant de la pénurie de masques… C’est l’accusation d’une partie de l’opposition et de certains journaux, comme Médiapart qui a réalisé une enquête édifiante sur les ratés du début de la crise à ce sujet.

Le terme ‘mensonge’ est-il abusif ? Il n’est –tout du moins- plus de mise aujourd’hui où la pénurie est reconnue et où tout  semble enfin fait pour relancer la production française et importer le  maximum de masques dans un marché mondial tendu  à l’extrême. 

Mais il est quand même étonnant que le ratage concernant  la situation du stock en France ne suscite pas, de la part de  l’exécutif, un discours, disons… plus repentant. Le gouvernement –devan  l’évidence- finira par reconnaître une faute au départ, d’autant que chacun pourra comprendre à quel point la situation était  complexe.

L’occasion n’a pas été saisie hier par Edouard Philippe sur TF1

Il le faudra pourtant, d’autant que depuis quelques jours le Premier ministre a l’intelligence politique de ne plus prendre les Français pour des citoyens mineurs mais de leur dire clairement ce qu’il sait et ce qu’il ne sait pas. Le gouvernement n’essaie plus de nous rassurer à tout prix et développe une énergie logistique impressionnante pour maximiser les capacités sanitaires du pays, transférer des malades d’une région à  l’autre, afin de désengorger les territoires les plus touchés. 

Il sera  temps –après la bataille- de revenir sur les causes politiques,  administratives, des retards au début de la crise. Le  mensonge était, en fait, une sorte d’adaptation du discours sanitaire à  un état de pénurie. Nous n’avions pas assez de masques alors les  ministres ont répété à l’envie que les masques n’étaient pas utiles et  même parfois contre-productifs.   

Mais le conseil scientifique aussi a dit la même chose !  

Circonstance aggravante, puisque le président et le Premier ministre, pour s’assurer d’un minimum de confiance de la part des Français, expliquaient qu’ils  prenaient leurs décisions en fonction de l’avis du conseil scientifique. Les responsables sanitaires asiatiques, rompus aux  épidémies, recommandent la généralisation des masques… L’OMS, elle, ne  conseille pas le masque pour toute la population… Et cette  recommandation a servi d’argument au gouvernement pour minimiser la pénurie… Alors que  le problème n’était pas l’ensemble de la population mais la pénurie  pour le corps médical et tous les métiers (policiers, caissières,  postiers, commerçants de bouche) non confinés. 

En  proclamant ce qui les arrangeait en fonction des stocks plutôt qu’en  fonction de la réalité scientifique, le conseil était devenu plus  politique que scientifique. Il serait maintenant salutaire que le  gouvernement ait un discours de clarté, non seulement sur le présent (ça semble le cas) mais aussi sur le début de la crise (avec de vrais morceaux de contrition dedans) pour que l’accusation de  mensonge tombe. 

Les semaines à venir vont requérir une bonne dose de  confiance parce qu’il sera (comme pour le confinement)  demandé aux Français une implication individuelle, collective et  disciplinée pour un déconfinement ordonné. La sortie de crise et la  longue et difficile période de remise à flots économique ne seront  possible qu’avec un exécutif qui tient un discours complet  de vérité.     

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