C'est donc demain que sort en librairie « Ma plus belle histoire, c'est vous » de Ségolène Royal. Mais à quoi sert un livre écrit par une personnalité politique ? Livre-confession, livre-trublion, livre-pamphlet ou thérapie. Il en est de bien des sortes, ils envahissent les rayons de nos librairies. Avec un certain succès d'ailleurs, les éditeurs s'arrachent les auteurs politiques, même si l'activité reste essentiellement saisonnière. Juste avant et juste après une élection présidentielle, il n'y a pas mieux. Alors à quoi servent ces livres ? Il y a d'abord les "bêtes" livres-programmes, pas forcément bêtes d'ailleurs, mais dont l'objet essentiel est de présenter le projet défendu par un homme. Exemple, "La France pour tous" de Jacques Chirac en 94. Première esquisse du thème de la fracture sociale que le candidat développera pendant sa campagne. On se souvient en réalité surtout du petit pommier vert et rouge en couverture. Il est des livres "règlement de compte", Julien Dray a même appelé le sien comme ça dernièrement. Littérature assez importante cet automne dans les rangs socialistes, de Claude Allègre, à Marie-Noëlle Lienneman, en passant par "L'impasse" de Lionel Jospin, on aura compris l'idée : expliquer a posteriori tout ce qui a causé la défaite de la gauche à la dernière présidentielle, pour a priori s'en dédouaner. Il est des livres "plaçou" comme il se dit en Corrèze, des livres qui permettent de proposer adroitement ses services, "L'architecte et l'horloger" de Jean-Louis Borloo paru juste avant son ralliement au candidat Sarkozy au printemps dernier, en fut une belle illustration. Il est des livres "faire-part" de naissances, avec "Au nom du tiers état" puis "Projet d'espoir" parus pendant la campagne présidentielle, François Bayrou voulait enterrer définitivement le concept de "centrisme mou" pour faire advenir celui "d'extrêmiste du centre", nouvelle offre politique. Gros succès, avant d'être soldé 5 euros ce week-end, au congrès du Modem. On passera rapidement sur les livres "respiration" plus "qu'aspiration" de Dominique de Villepin, totalement inclassables. Il est l'un des rares à écrire inlassablement et quotidiennement sur la littérature, la poésie. Seule sa fascination pour l'épopée napolénienne est politiquement plus "traçable". Il y a enfin, et ce sont les plus intéressants, les livres-jalons, ceux qui sont là pour clôre une histoire et tenter d'en ouvrir une autre. Livres de confessions souvent, ils sont pourtant rarement des livres de deuil. Non, ces livres là sont faits pour reconstruire. "La trilogie du Pouvoir et la Vie" de Valéry Giscard d'Estaing en est sans doute la plus belle démonstration. Témoignage unique du vécu d'un président de la République, de la victoire au quotidien de l'Elysée, jusqu'à la trahison et la défaite. L'ex l'écrivit convaincu que l'oeuvre l'aiderait à revenir. Seul le 3ème tome sans doute, met un point final à ses ambitions. "Libre" de Nicolas Sarkozy, paru en 2001, en est un autre exemple. Signé après son échec aux européennes et sa renonciation à prendre le RPR, ce livre entend être le dernier chapitre du "Sarko-traitre, sarko-perdant, sarko-lieutenant". Il s'y confesse avec naturel et vérité, dresse un état des lieux critique de la droite, il y affiche son indépendance. Cet ouvrage est une étape sur le chemin sarkozyste d'une nouvelle virginité politique. Pari réussi. Alors, "Ma plus belle histoire c'est vous" sera-t-il un ouvrage de cet acabit, qui permettrait à Ségolène Royal de passer à l'acte 2 de ses ambitions, comme le dit joliment une de ses amies ? Hier soir, peu amène, François Hollande pour seul commentaire affirmait qu'il "n'était pas là lui, pour écrire le livre du passé". Sans doute est-ce parce qu'il n'a pas lu celui de son ex- compagne, car ce n'est a priori pas vraiment du passé dont il est question dans cette démarche d'écriture.

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