**Les paradis fiscaux, c’est fini ?!Oui, il n’y en a plus ! Bien sur si j’affirmais ça, tout de go, vous seriez en droit de me traiter de rêveur ! Les paradis fiscaux existent toujours, la preuve, le gouvernement a annoncé qu’il allait en publier, le premier janvier une liste actualisée. Pour qu’un pays sorte de la liste des paradis fiscaux il lui faut signer des conventions avec au moins douze pays. La plupart des paradis fiscaux ont effectivement signé ces conventions mais dans les douze pays, généralement il y a d’autres paradis fiscaux. Bref le processus est enclenché mais il est compliqué et long. Personne ne peut donc encore affirmer qu’il n’y a plus de paradis fiscaux. Personne sauf Nicolas Sarkozy. Avant-hier lors de son discours bilan de la crise, prononcé à la Seyne-sur-Mer, le Président de la République a dit, très exactement ceci : « en 6 mois on a obtenu la fin des paradis fiscaux ». S’il y avait des conférences de presse, on pourrait poser la question qui s’impose alors au Président. Puisqu’il n’y a plus de paradis fiscaux, où sont les 40 milliard de dollars que représentent l’évasion fiscale?...Ce n’est pas la première fois que le Président fait cette affirmation osée. En septembre dernier devant David Pujadas et Laurence Ferrari, il avait déjà lancé: « les paradis fiscaux c’est fini » ! Cette affirmation abracadabrantesque, pour reprendre une expression chère à Jacques Chirac, n’était évidemment pas écrite dans son discours. Je peux vous dire que ceux qui étaient chargés de rédiger le texte prononcé par le Président en ont eu des sueurs froides quand ils ont entendus la digression pour le moins optimiste du chef de l’Etat. Deux jours plus tard, ils peuvent être relativement rassurés, cette phrase hors texte, n’a pratiquement pas été commentée. Vous dites « déclaration optimiste » du chef de l’Etat ?!Hé bien soyons nous-mêmes optimistes sur la nature du président et partons du postulat que l’affirmation selon laquelle les « paradis fiscaux n’existent plus » est à mettre sur le compte de l’enthousiasme. Que le président puisse affirmer avec autant d’aplomb une contre vérité aussi énorme, c’est forcement qu’il y croit un peu lui-même. Il s'active pour ça! Il pense au moins que cela viendra rapidement. Ça procède du même optimisme que lorsqu’il nous a annoncé que la France avait vendu des Rafales au Brésil…on attend toujours le début du commencement d’un bout de contrat, vous avez pu remarquer, Nicolas, l’embarras du ministre de la défense quand vous lui avez posé la question lundi. Le problème, quand même c’est qu’il s’agit de la parole présidentielle. Alors elle est plus ou moins préservée parce que dans le système de communication quasi monarchique (qui existe depuis toujours à l’Elysée), le Président est en perpétuel monologue, qu’aucun contradicteur politique ou médiatique n’est jamais publiquement en face de lui. Une affirmation répétée ne fait pas pour autant une vérité et il y a un moment ou ça risque de se voir. Par exemple quand, la semaine dernière Nicolas Sarkozy, en visite en banlieue sonne le glas des caïds, il dit «on va engager une lutte sans précédent contre le trafic, on va y mettre les agents du fisc, tous ces messieurs qui ont de belles voitures et ne travaillent pas auront à s’en expliquer ». 7 ans avant, en 2002, le ministre de l’intérieur Sarkozy annonce une nouveauté, ça va changer « on va mettre les agents du fisc sur ces messieurs qui ne travaillent pas et qui ont de belles voitures ». La même phrase façon « marquise vos beaux yeux, vos beaux yeux marquise »… Mais restons optimistes nous-mêmes et évitons le cynisme… mettons ces déclarations sur le compte de l’optimisme de l’action que Léon Daudet excusait ainsi : je cite : « Autant l’optimisme béat, c'est-à-dire inactif, est une sottise, autant l’optimisme compagnon de l’effort, est légitime ». Comme ça, je crois qu’on s’en sort bien !**

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