Vous revenez ce matin sur l’accord trouvé avec Mittal pour préserver l’emploi à Florange…

Oui et avec cette question : est-ce la position très interventionniste d’Arnaud Montebourg, la menace de nationalisation qui a permis cet accord ? Tout le gouvernement répond « oui » pour tenter de nous faire croire à une répartition des rôles là où il y a en réalité deux façons de faire de la politique qui se sont affrontées ! « Il fallait hausser le ton pour faire plier Mittal » dit-on… Sauf que Mittal n’a pas plié ! La stratégie Montebourg qui consiste à annoncer de façon tonitruante la possibilité d’une nationalisation n’a pas entrainé ce qu’il escomptait. Le ministre du redressement productif avait affirmé à l’Assemblée, sous les yeux pleins d’espoir des syndicalistes de Mittal qui étaient dans les loges au-dessus de l’Hémicycle, qu’il y avait un repreneur sûr, un industriel sidérurgiste prêt à mettre 400 millions d’euros pour réactiver les hauts fourneaux… et donc si Mittal ne voulait pas céder l’ensemble du site, il faudrait en passer par une nationalisation transitoire. Cette affirmation -si les mots ont un sens- voulait dire que le site allait repartir. Le résultat c’est que Mittal met 180 millions et que ça suffit au gouvernement. Comment peut-on préférer 180 millions mis par un groupe qui a déjà trahi sa parole à 400 millions ? Ou alors il n’y avait pas de repreneur fiable à 400 millions.

Jean-Marc Ayrault et Arnaud Montebourg n’avaient pas la même perception de la qualité du repreneur ?

Sans doute mais pourquoi ne pas avoir menacé Mittal d’une nationalisation dans le secret des discussions avec le groupe indien ? Pourquoi Montebourg a-t-il parlé de nationalisation publiquement, sans prévenir son Premier ministre ? Avoir rendu publique la menace prouve surtout que cette annonce était plus à destination de l’opinion qu’une solution pour trouver une réponse industrielle. Ce faisant, Arnaud Montebourg n’a pas dessiné une autre voie, plus à gauche, ou plus volontariste, mais il a fait exactement ce qui était reproché à Nicolas Sarkozy : de l’annonce spectaculaire et très prématurée ! Une chanson de geste mimant un combat homérique contre les forces du mal. Depuis le début de ce quinquennat, finalement (et dans la droite ligne du précédent) la question est toujours de savoir ce que l’Etat peut réellement faire. Quelle est la vérité sur le champ des possibles d’un exécutif français aujourd’hui ? Ce champ est, on s’en rend compte chaque jour, beaucoup plus restreint que ce que l’on est obligé de prétendre pour gagner une élection présidentielle. Pour faire face à ce désespérant rétrécissement du réel pouvoir de nos gouvernants, il y a deux solutions : la solution Sarkozy/Montebourg qui croit palier l’impuissance par la force du verbe, le caractère trempé et la grande scène du « je ne céderais jamais » à la Don Quichotte. Ou alors il y a la discrétion pragmatique et ennuyeuse, celle qui promet peu mais qui tente d’œuvrer dans l’ombre (Sancho Pensa). A l’heure de la mondialisation, toute l’histoire actuelle de la politique française est là. Les volontaristes tonitruants gouvernent avec les pragmatiques discrets. Sarkozy et Fillon…Montebourg et Ayrault. Cette fausse stratégie du chaud/froid, du good cop/bad cop peut avoir son efficacité électorale momentanée mais elle ne pèse pas vraiment sur le cours des choses et finit par désespérer, non pas Billancourt mais Gandrange et Florange. Le plus gros risque c’est qu’elle achève de désespérer de la politique elle-même.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.