Nous sommes le 3 décembre, 30 ans après la marche pour l’égalité de 1983… Et vous dites que depuis cette époque le racisme a diminué en France…

Mais il faut remettre les choses en perspective et sortir de l’écume de l’actualité. Depuis quelques années la grande mode chez les polémistes (politiques ou journalistiques) c’est de fustiger un soit disant « politiquement correct » aplanisseur de débats. Du coup on ouvre les vannes langagières. D’où cette radicalisation du débat sur l’immigration, cette obsession de l’identité dans le discours ambiant qui donne l’impression que la société française est plus fermée, plus rétive à l’altérité qu’avant. Hors, si l’on remonte aux années 70 ou 80… c'est-à-dire à hier, on s’aperçoit que la société était bien plus raciste qu’aujourd’hui. Les préjugés étaient plus encrés et la violence – post coloniale- une réalité quotidienne. Il y avait des cas de torture et de meurtres racistes régulièrement. On l’a oublié mais en 1973, par exemple, onze algériens sont assassinés en un seul mois. Dans les années 80, l’actualité était remplie de bavures policières racistes et il ne faisait pas bon –pour un jeune beur, comme on disait à l’époque- passer par ce que l’on appelait « les locaux technique de la RATP » après un contrôle par des policiers, tous blancs. On s’y faisait allégrement tabasser en toute impunité. Les contrôles abusifs n’ont pas disparu, loin de là, mais les bavures et les crimes impunis ne sont plus légion comme à cette époque.

La parole publique n’était d’ailleurs pas beaucoup plus décomplexée qu’aujourd’hui, contrairement à ce que l’on croit…

Non, à coté de Raymond Marcelin, Christian Bonnet, Alain Peyrefitte ou même Charles Pasqua…un Brice Hortefeux ferait office de gentil centriste et Manuel Valls de Sœur Emmanuelle. Christian Bonnet parlait d’invasion d’étudiants étrangers qui « prennent les emplois des jeunes français ». La presse populaire n’était pas en reste. Le journal le Méridional, très populaire à Marseille, par exemple encourageait les « ratonnades » en toute banalité alors que se constituaient « des comités de défense des marseillais »… Aujourd’hui, ce qui était des propos de comptoir se retrouvent sur Internet et laissent penser que la situation s’est dégradée. S’il est vrai que les discriminations à l’embauche ou à l’accès au logement sont toujours criantes, l’acceptation de la différence a beaucoup progressée. Seulement la tolérance au racisme a baissé plus vite que le racisme lui-même. Du coup la société d’aujourd’hui parait plus violente que celle d’hier. C’est un leurre. Elle est certainement plus éclatée et plus médiatisée. Toutes ses failles se voient. Il y a un fait nouveau qui distord également les impressions : c’est le fait religieux. Se replonger dans les années 80 (par exemple en allant voir le film La Marche) c’est s’apercevoir qu’on n’y parlait pas d’Islam. Aujourd’hui, si une partie du racisme, honteux, se camoufle dans les habits d’une laïcité instrumentalisée par le FN, le prétexte de l’ « islamophobie » sert à faire un amalgame entre les racistes et ceux qui luttent, à juste titre, contre les intégrismes. Malgré ces tensions grandissantes la France reste, aujourd’hui moins raciste qu’il y a 30 ans… c’est une réalité que les déclinistes de droite qui vivent mal le métissage salutaire de notre pays et les déclinistes de gauche qui ne se sentent à l’aise que dans l’indignation permanente et la victimisation pavlovienne, ne veulent, ne peuvent pas déceler.

Pour aller + loin

[> Jamel Debbouze : « Non, la France n’est pas raciste! »](Jamel Debbouze : « Non, la France n’est pas raciste! »)

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