La réforme des notes à l’école. Un nouveau champ de bataille idéologique pour une partie de la droite...

Oui, déjà, rien qu’à l’idée que Najat Vallaud-Belkacem puisse toucher aux notes à l’école et Yves Tréhard, notre confrère du Figaro, écrivait hier dans son journal que ce projet était, je cite : « un mélange de pédagogie post-soixante-huitarde et de démagogie gauchisante. Mme Vallaud-Belkacem n’aime pas les différences On connaît son attachement à la théorie du genre pour uniformiser filles et garçons. On ne peut, dans ses conditions, que s’attendre à la disparition des notes», expliquait-il. Le procédé des nouveaux réactionnaires est toujours le même : remplacer la notion ‘d’inégalité’ par celle de ‘différence’ et la lutte pour l’égalité devient une lutte pour l’uniformisation. Même dans le cas de la réforme des notes chiffrées à l’école qui n’est pourtant pas, en soi, une recherche d’égalité mais simplement d’efficacité ! Comment d’une question toute bête, de méthode d’évaluation dans un système scolaire en proie à l’échec, en vient-on à tirer des conclusions politiques, voire philosophiques, assénées sur le ton de l’évidence ?

Les notes sont pourtant contestées depuis toujours !

Bien sûr… Ce qui est amusant –et montre l’absurdité de l’idéologisation à outrance d’un tel sujet- c’est qu’en mars 1968 (donc avant mai 68), Alain Peyrefitte, aussi peu crédible en soixante-huitard échevelé que vous Patrick en animateur de Rires et Chansons… Alain Peyrefitte, donc, très droitier ministre du général de Gaulle, considérait qu’il fallait en finir avec les notes démotivantes et qu’il fallait favoriser l’échange plutôt que la compétition à l’école! La gauche républicaine, à l’inverse, défendait les notes comme instrument neutre du mérite, contre la reproduction sociale. D’autre, au sein de la gauche philosophique, comme Bourdieu, considéraient, au contraire, que les notes profitaient aux héritiers. Donc tout et le contraire de tout a été dit sur ce sujet qui, en fait, a surtout besoin d’expérimentation dépassionnée. C’est pour cela que le Conseil supérieur des programmes a étudié la question de façon pragmatique (ce qui ne veut pas dire ‘pas politique’). Son rapport préconise une autre forme d’évaluation. Je cite : « L’erreur ne doit pas être ressentie comme une faute mais analysée par tous comme un élément fournissant une information utile pour progresser ». Les notes ne disent rien des raisons de la faute et ne permettent pas aux élèves de se placer dans une dynamique positive. Le rapport préconise un système d’évaluation en 6 ou 7 niveaux, des lettres par exemple, qui indiqueraient si une compétence est acquise ou pas, ou en cours d’acquisition… et éviterait la moyenne-couperet. La note, d’après les expérimentations en cours, est tout simplement inefficace et injuste. Mais ça y est ! En disant « injuste » je sombre dans l’égalitarisme niveleur propre à ceux qui, comme le dit Yves Tréhard, n’aiment pas la différence. En fait, les notes ne sont ni de gauche ni de droite, ni bourgeoises ni soixante-huitardes… Elles ne sont qu’une composante d’un système en panne… n’en déplaise à ceux qui essentialisent tout.

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