Furieux besoin de politique...

Même les casseurs ont été débordés. C'est une vraie révolte populaire. C’est ce qui arrive en France quand le peuple se sent écarté du pouvoir. Nous sommes un pays dont le peuple ne s’en laisse pas conter et qui se fait entendre, avec la geste insurrectionnelle, sa marque historique. Et sans passer (pour l’instant et c’est notable) par la case identitaire ni  la dénonciation de bouc-émissaire étrangers ! Il faut donc un retour au peuple... ce qui ne veut pas forcément dire dissolution, démission, comme le réclament les oppositions. Emmanuel Macron a dépolitisé, il doit repolitiser. Le dépassement du clivage gauche/droite, qui pouvait apparaître comme une solution ponctuelle pour sortir d’une certaine hypocrisie, s’avère très dangereux si l’on s’y installe. En mettant le seul pragmatisme comme matrice de sa politique, Emmanuel Macron a émasculé son action. Le pragmatisme,  c’est une méthode pas un but. On peut, techniquement, expliquer qu’alléger l’impôt sur la fortune, par pragmatisme, profitera mieux à tout le monde.... Peu importe que ce soit de gauche ou de droite si ça marche, a-t-on l’habitude de dire chez les macronistes... Mais si ça ne marche pas tout de suite, comme c’est uniquement pragmatique, alors c’est vécu pour ce que c’est : une injustice. 

Comment retourner au peuple et à la politique ?

Le président a été élu sur une raison négative : opposition à Marine Le Pen, et une raison positive : révolutionner la politique. Cette promesse, c’était d’élaborer toutes les solutions avec les Français, partir des expériences de terrain...(le contraire de la technocratie) pour refonder des clivages pertinents. Au lieu de cela, la politique a été bannie. Aujourd’hui, Emmanuel Macron dit vouloir y revenir, avec cette grande consultation territoriale. Pour que ça apparaisse comme autre chose qu’une manœuvre, il va falloir de la démocratie participative très forte, imaginative et engageante... reconstituer ce qui tiendrait lieu de corps intermédiaires du XXIème siècle, aux côtés des syndicats et des associations, des élus locaux, pour élaborer, hiérarchiser les solutions, par exemple pour mettre en place la transition écologique... tirage au sort de citoyens, méthodes novatrices de co-construction des solutions... tout ce travail de modernisation politique que le candidat Macron (qui semblait moderne) a finalement oublié. Il lui faut tourner la page d’une présidence ressentie par beaucoup comme verticale et méprisante. Mais les gilets jaunes aussi doivent faire de la politique pour passer de la seule protestation à la proposition cohérente... Pour cela il faut pouvoir y croire à nouveau à la politique ! Croire au simple fait de pouvoir se faire représenter pour défendre une cause commune... la moindre des choses. Mais la politique, cette passion française est à ce point abimée que même ces notions basiques, représentation, délégation, sont à refonder. Quand il y avait des clivages, une partie du peuple au moins se sentait au pouvoir, alors que l’opposition se disait ‘mon tour viendra’. Sans clivage, sans politique, le peuple se sent dépossédé…Et, en France, quand il est dépossédé, il se révolte. Nous y sommes. A court terme, ça veut dire, au moins,  moratoire sur les taxes carbone et invention rapide d’une horizontalité pour que renaisse un débat, des clivages, bref, la politique.

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