En témoigne ce mot cruel d’un député au moment des obsèques de François Mitterrand : "On n’en n’a pas fait autant pour la mort de Giscard". Son bilan, pourtant très riche en réformes est désormais assez flou dans la mémoire collective, coincé entre de Gaulle, Pompidou, et l’arrivée de de la gauche au pouvoir en 1981.

Valéry Giscard d'Estaing , ici en 2014
Valéry Giscard d'Estaing , ici en 2014 © AFP / Stéphane de Sakutin

L’élection de 1974 est, en réalité, très importante

Ce jeune homme, archétype de l’élite française, par la naissance comme par les études (polytechnique et l’Ena) accède à l’Elysée à l’issue d’une campagne éclair et assez solitaire. Il est donc le premier président non gaulliste. Ce qui prouve au passage (et c’est important à l’époque) que la Ve peut survivre à de Gaulle et au gaullisme. 

Jeune, de droite modérée, libéral, selon les critères français, il avait été ministre des Trente glorieuses depuis 1959, mais son élection a donc marquée une sorte de rupture qui lui a permis de procéder à d’importantes avancées sociétales (on ne disait pas ce mot à l’époque) : l'abaissement du droit de vote à 18 ans, la dépénalisation de l'avortement, le divorce par consentement mutuel (ces deux dernières réformes ont changé la vie de million de français)… et puis l'élargissement du droit de saisine du Conseil constitutionnel. 

Ça n'a l’air de rien mais c’est une avancée démocratique fondamentale puisque l’opposition peut enfin saisir le Conseil Constitutionnel. Ses coup de com’ mémorables et très modernistes (jouer au foot en short et s’inviter à diner chez des Français) n’ont pas suffi à contrebalancer son image de grand bourgeois, châtelain hautain, à la prononciation affectée et chuintante. 

Giscard recherchait une large majorité, le dépassement déjà… (Deux français sur trois était son ambition).

Il voulait être compris et aimé des Français, plus que choisi politiquement

Il disait qu’il regardait la France ‘au fond des yeux’. Mais les ors et le lustre de l’Elysée, qu’il appréciait, sa solitude au pouvoir, l’on fait caricaturer en Roi Soleil

La France était coupée en deux 50/50 gauche/droite mais les gaullistes (et Jacques Chirac, son premier premier ministre démissionnaire) n’ont pas mégoté, en sous-main pour casser la réputation de Giscard. 

En 1978, il évite de peu une première cohabitation avec la gauche (qu’il n’aurait sans doute pas acceptée en démissionnant) et en 1981 (crise économique et pression sociologique post Mai-68 aidant), il est battu par François Mitterrand.

Il se consacra alors à la construction européenne dont il est l’un des artisans malgré l’échec du réforme de 2005. 

Il voulait être le Kennedy Français. Il en avait au moins l’intelligence (heureusement pas le destin) certainement pas la coolitude (Anne-Aymone n’était pas Jackie non plus). 

Il avait une image de monarque républicain et il est mort un 2 décembre, une date impériale. Président plus réformateur et moderne que le souvenir qu’il laisse, il meurt presque 40 ans après quitté le pouvoir et sa  dernière allocution de président : un ‘Au revoir’ triste, une chaise vide, qui marquait son dépit, son incompréhension… plus comme une rupture amoureuse que comme une défaite politique. D’ailleurs on l’appelait "l’ex".

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