Ça bouge à la gauche de la gauche. A gauche du PS c'est un vaste chantier ! La gauche de la gauche du XXIème siècle se reconstitue, à la faveur de la crise et au moment où on la disait ringardisée à jamais. Le nouveau parti anticapitaliste d'Olivier Besancenot verra le jour dimanche prochain. Le parti de Gauche (on ne se fatigue plus trop pour les noms !) de Jean-Luc Mélenchon est né dimanche dernier. Il y a aussi une résurgence de ce que l'on appelle de façon impropre l'ultra gauche, que l'on pourrait plutôt classer dans une nébuleuse libertaire, peu organisée mais de plus en plus active. Le terrain de la gauche de la gauche a été laissé en déshérence par la lente agonie du parti communiste. Si l'on examine les forces qui agissent sur la tectonique des plaques de la politique française, on s'aperçoit rapidement que l'époque est particulièrement propice au développement de la gauche de la gauche. Le parti socialiste vient de réécrire sa déclaration de principe qui accepte l'idée du marché, consacrant ainsi, dans les textes, un recentrage social démocrate pratiqué dans les faits depuis 1983. Et voilà que la crise financière éclate et que le fameux marché montre son pire aspect. Ceux qui dénonçaient, avant tout le monde et plus fort que les autres, les outrances du capitalisme, se retrouvent dans une position très confortable pour rappeler : « on vous l'avait bien dit !» La gauche de la gauche a donc de l'espace mais elle est dispersée. La faillite des expériences socialistes ou révolutionnaires a éteint le modèle, fait disparaître l'étoile polaire de l'extrême gauche. Ecoutez Besancenot. Il accepte encore de se dire trotskiste pour faire plaisir à ses pairs de la LCR mais il semble préférer un héritage plus protestataire que révolutionnaire. Le week-end dernier, ses partisans ont organisé un pique nique dans un supermarché Leclerc avec des produits chapardés dans les rayons. Un mode d'action très en vogue en ce moment. Le nouveau parti anticapitaliste semble vouloir s'inspirer des multiples groupes plus ou moins anarchistes, écologistes et autonomes. Vous remarquerez que son discours emprunte de moins en moins à la vulgate classique « travailleurs-travailleuse ». Les mouvements comme Jeudi noir, le DAL, Les enfants de don Quichotte, l'Union syndicale solidaire, les écologistes radicaux qui débranchent les enseignes commerciales la nuit, les groupes épars qui refusent la société de consommation, n'ont plus de références socialisantes. C'est un peu comme si la parenthèse socialiste se refermait et que l'on revenait à une forme d'activisme qui peut rappeler parfois le mouvement dit des « en dehors », au tout début du vingtième siècle, un anarchisme individualiste utopique et révolté plus que révolutionnaire. Ce n'est pas le cas du parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon. Evidemment, Mélenchon n'a rien d'un anarchiste mais on sent chez lui l'héritage tout à fait perceptible des républicains radicaux de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle. Il faut lire son petit livre, très argumenté d'ailleurs, en réponse au discours sur la religion de Nicolas Sarkozy au Latran. Un texte qui fleure bon la pensée laïcarde de 1905. Mélenchon parle de la République sociale et plus du socialisme, il y ajoute une dimension écologiste pour l'adapter à notre temps. Donc, avec la nouvelle inclinaison libertaire de l'extrême gauche d'un côté, et la résurgence des idéaux ultras républicains du Parti de Gauche de l'autre, la recomposition se fait, en refermant la parenthèse communiste, sous toutes ses formes et se ressource aux origines de la gauche française ! Voilà qui vient en résonance avec les diverses analyses qui fleurissent en ce moment et qui perçoivent chez Nicolas Sarkozy une résurgence de la branche bonapartiste de la droite française. Finalement en politique on invente peu, les nouvelles formes d'organisations n'échappent pas à l'histoire de leur camp. C'est ce que l'historien Jean-Noël Jeanneney appelle joliment la "concordance des temps" (nom de son émission sur France Culture.)

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