Vous nous parlez ce matin du voyage de Michèle Alliot-Marie dans l’avion privé d’un homme d’affaires tunisien...Comment commenter cette affaire sans avoir l’air donneur de leçon ? Parce que de quoi s’agit-il ? De la base. Il y a des choses qui ne se font pas, des choses qui se font ; par exemple, vous êtes dans un bus, une personne âgée entre, vous lui proposez votre place. Ça se fait. Vous êtes ministre, vous êtes en vacances privées dans une dictature, un ami riche industriel du pays vous propose de vous transporter dans son avion gratuitement, eh bien vous refusez, ça se fait pas, enfin normalement ! Rien que de rappeler cette évidence montre le niveau de déconnexion de certains responsables. Cette affaire révèle, s’il en était besoin, le degré d’inconscience, à cent lieues de la réalité, d’hommes et de femmes politiques trop longtemps habitués à cumuler, emplois, fonctions et à entretenir leurs réseaux d’influences, ils sont maintenus comme hors-sol, habitués à ne jamais rien payer. Le problème n’est même plus de savoir si l’industriel Tunisien est un proche de Ben Ali, ni si la répression avait commencé à l’époque du voyage, le problème c’est simplement d’accepter ou non qu’un homme d’affaires vous transporte gratuitement dans son avion privé quand vous êtes un couple de ministres de la République Française en vacances. Un ministre en vacances devrait comprendre tout seul qu’il doit tout payer, exactement comme n’importe quel Français. Il n’y a d’ailleurs que quand ils sont en vacances que les ministres paient quoi que ce soit! La moindre des choses c’est de refuser toutes les offres de fortunés personnages qui gravitent toujours autour des gens de pouvoir. En juin dernier, le Président de la république a d’ailleurs rappelé que les ministres doivent payer leurs vacances. On pourrait même sans être taxé d’ayatollah de la déontologie du pouvoir, se demander si le président lui-même et son épouse qui ont passé leur vacances de Noël dans un palais appartenant au roi du Maroc ne seraient pas mieux inspirés de choisir des destinations plus simples et moins compromettantes. Peut-on demander, par exemple sérieusement la libération du colonel Kaddour Terhzaz, ce Franco-marocain de 74 ans, emprisonné injustement au Maroc ou de toute autre victime du pouvoir marocain si on se fait prêter un palais pour Noël ? Michèle Alliot-Marie se défend-t-elle bien?Non et d’ailleurs maintenant, c’est très difficile. La ministre accumule les petits oublis, les petits mensonges. « Je n’ai pas rencontré Ben Ali en tête à tête depuis 2006 » dit-elle dans le Parisien. Faux ! La ministre l’a rencontré en entretien le 30 novembre dernier à Tripoli, ce qui est d’ailleurs tout à fait normal mais n’est même plus assumé. Preuve que dans cette tourmente, certains dirigeants n’arrivaient plus à faire le tri de ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. Nicolas Sarkozy s’est fait élire sur la rupture, aussi en matière de gouvernance, sur la « république irréprochable »…on oublie souvent la fin de cette phrase d’avril 2007 : « je veux changer la pratique de la République : plus de simplicité, plus de proximité ». Nicolas Sarkozy faisait référence à ses prédécesseurs peu regardants, François Mitterrand et Jacques Chirac qui -soit dit en passant- membre du conseil Constitutionnel est toujours logé gratuitement par les Harriri à Paris. Le pire c’est que beaucoup de responsables politiques français trouvent surtout que Michèle Alliot-Marie a commis une terrible maladresse mais rien de vraiment très grave au fond… Ces même personnages s’alarment de la perte de repères d’une partie de la jeunesse, de l’augmentation des incivilités. La civilité, vous savez, ce qui se fait et ce qui ne se fait pas.

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