"la manif pour tous" à paris
"la manif pour tous" à paris © reuters

Cette partie de la société qui manifestait hier est l’héritière de celle qui s’opposait au divorce, puis à l’avortement. Mais la droite institutionnelle, la droite républicaine française, telle qu’elle existe depuis la libération, n’a jamais vraiment été passionnée par les questions de société.

Pourtant, cette droite au pouvoir pendant la majeure partie de ces 60 dernières années a plutôt accompagné les avancées des droits sociétaux. C’est sous des gouvernements de droite que la pilule a été autorisée en 1967 et que l’avortement a été légalisé en 1976. C’est même Nicolas Sarkozy qui a simplifié les procédures de divorce… D’ailleurs une bonne partie des responsables de l’UMP (et Nicolas Sarkozy lui-même) regrettent de n’avoir pas proposé le contrat d’union civile qui aurait donné aux homosexuels tous les droits dévolus aux couples mariés.

La droite française contemporaine, modérément conservatrice, se trouve donc désemparée face à ce réflexe réactionnaire ! Il y avait bien sûr quelques élus UMP dans le cortège d’hier mais s’il faut lire leur présence à l’aune de leur conviction, il faut aussi voir les villes (on est à la veille des municipales) qu’ils représentent.

Par exemple les candidats UMP parisiens étaient divisés.

Oui, il y avait hier dans le cortège Philippe Goujon et Claude Goasguen, maires des 15 et 16ème arrondissements, l’ouest bourgeois et traditionnel. Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a besoin, pour l’emporter à Paris, de faire basculer deux arrondissements de gauche (le 12ème et le 14ème) ne peut pas s’afficher dans une telle manifestation. Tout comme le porte-parole de sa campagne, Pierre-Yves Bournazel qui se présente dans le 18eme populaire et bobo à la fois.

Qu’ils soutiennent ou pas la manifestation d’hier, l’ensemble des responsables de droite a, au moins, trouvé un argumentaire : en s’attaquant aux sujets de société, François Hollande chercherait à diviser les Français. Le seul intérêt de cet argument moyennement convaincant c’est qu’il unit la droite, il peut être tenu par les pros comme par les antis manif. En réalité les responsables de l’UMP ou de l’UDI savent que les manifestants d’hier sont mal à l’aise avec le monde tel qu’il va. L’UMP ne peut pas embrasser totalement cette colère (aussi sincère soit-elle) sous peine d’apparaître anachronique aux yeux du plus grand nombre. Même Marine Le Pen se tient à distance. Elle sent bien que c’est un combat de classe. Le combat d’une certaine bourgeoisie conservatrice, vieille France et religieuse et qui a des préoccupations, sur certains sujets, bien éloignées de celles d’un Front National qui souhaite une large assise populaire.

Les défilés d’hier, bien que très fournis, étaient socialement et sociologiquement typés. Le message qu’ils sous-tendaient était trop réactionnaire (c'est-à-dire favorable à un retour en arrière) et trop passionnel pour que l’UMP, et même le FN, puissent l’accompagner sans risque de paraître déphasés par rapport à l’ensemble de la société, qui, elle est en mouvement.

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