Mélenchon et Hamon, deux candidats en concurrence. Et si le monde politique n’était que vertu, peuplé d’hommes et de femmes vivants pour leurs idées et pour le bien commun ?

D'abord, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon trouveraient à s’entendre pour que l’un d’entre-deux se retire après un accord programmatique. Parce qu’en ces temps d’insoupçonnables bouleversements, la gauche de la gauche, avec un seul candidat, pourrait très bien gagner cette élection présidentielle.

Ce ne serait pas le plus probable mais dans l’histoire politique de la France moderne, il n’y a jamais eu de telles conditions pour que (comme c’est aussi le cas pour l’extrême-droite), pour que la gauche alternative puisse l’emporter. C’est donc la responsabilité historique de ces deux hommes de s’entendre pour saisir cette chance.

Et donc, vont-ils la saisir ?

C’est très peu probable parce que contrairement à ce qu’un comparatif de leur programme pourrait laisser penser, les cultures politiques et les personnalités sont trop différentes pour que la raison et l’altruisme –et même le sens de l’histoire- triomphent. Leurs programmes ont pourtant un point commun fondamental : Tous deux ont eu l’intuition de l’avenir de la gauche, l’écologie, la nécessité de remettre en cause la nature de la sainte croissance productiviste, et par là (même s’ils le formulent moins) remettre en cause l’idée qu’il y aura toujours plus de biens et de services à mieux redistribuer ?

Tous deux ont réfléchi à l’inévitable raréfaction ou transformation du travail. Ils ont en revanche de gros désaccords. D’abord l’Europe : Jean-Luc Mélenchon, pour le coup plus cohérent, sait que son programme ne serait pas accepté par l’Union et assume le rapport de force et même de se départir de certaines règles communes. Benoît Hamon, lui, estime, un peu optimiste, qu’il pourra, fort de sa légitimité, et parce que les peuples d’Europe évolueraient dans son sens, faire accepter sa politique à nos 26 voisins. Il est socialiste et veut une gauche plurielle, comparable à celle de Lionel Jospin en 1997, mais avec un point d’équilibre beaucoup plus à gauche. Jean-Luc. Mélenchon, lui, qui fut en son temps un paisible sénateur mitterrandien, puis un sage ministre de Lionel Jospin, est aujourd’hui en rupture sans appel avec la social-démocratie. Il ne veut pas gouverner avec ceux qui ont approuvé la loi El-Kohmri, dit-il.

Les deux hommes n’ont pas non plus le même rapport à l’autorité. Quand Jean-Luc Mélenchon dit "NOUS", on entend plutôt "JE" et sa pratique rude, souvent ad hominem, du débat politique est à cent lieues de l’esprit coopératif, ambiance coworking de Benoît Hamon.

Les deux hommes n’ont pas, non plus, les mêmes jugements sur certains régimes autoritaires à travers la planète. Mais, comme on dit, s’agissant de l’exigence d’unité, ce qui rassemble Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, est quand même, aujourd’hui, plus important que ce qui les sépare. Mais on a cette impression, à observer la façon dont ils se tournent autour en ce moment, sans visiblement vouloir faire l’effort d'aller vers l’autre, que ces deux-là n’ont pas envie de gouverner ensemble. Peut-être, au fond, ce ne serait pas nouveau pour ce segment-là de la gauche, peut-être préfèrent-t-ils rester des stars de la protestation et n’ont, tout simplement, pas envie du pouvoir, et des responsabilités qui vont avec…

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