Ségolène Royal dit "Je ne suis pas Mila"… Ou comment une partie de la gauche se fait avoir par l’islamisme identitaire.

Ségolène Royal sur le plateau de "Dimanche en politique" sur France 3
Ségolène Royal sur le plateau de "Dimanche en politique" sur France 3 © (Capture d'écran : https://twitter.com/DimPolitique/status/1223968255309688833)

Avant d’analyser cette surprenante déclaration, il faut s’entendre sur l’expression "Je suis...". 

Elle vient, bien sûr, de "Je suis Charlie", slogan qui signifiait – après les attentats de 2015 - qu’au-delà de l’appréciation que chacun pouvait avoir de l’humour et de la pertinence de Charlie, rien ne justifiait le massacre de la moitié de sa rédaction. 

"Vous ne nous diviserez pas", disaient ces 3 mots. "Je suis Charlie" vient lui-même, dans la forme simplement (et dans un tout autre contexte) du fameux "Nous sommes tous des Juifs Allemands" de mai 68, quand le jeune Dany Cohn-Bendit fut expulsé de France. 

"Je suis..." est l’affirmation qu’une liberté supérieure a été bafouée. On décide alors de partager la charge de l’injustice en question par une sorte de compassion politique. C’est une affirmation qui résulte d’une hiérarchisation. 

En affirmant "Je ne suis absolument pas Mila", Ségolène Royal refuse de hiérarchiser entre, d’un côté, le cas d’une adolescente qui poste pour ses followers (et après avoir été insultée au nom d’Allah parce que lesbienne) une vidéo vilipendant une religion en des termes grossiers et, de l’autre côté, un déchaînement de violences verbales, de menaces de viol et de mort, un harcèlement massif et anonyme. 

C’est-à-dire d’un côté l’exercice d’un droit, celui au blasphème, qui n’est jamais très fin mais n’est pas ad-hominem, et de l’autre le déchaînement en meute sur une adolescente aujourd’hui sous protection policière, déscolarisée de fait et recluse. 

Déjà, Ségolène Royal avait reproché à François Hollande, en 2007, d’avoir soutenu Charlie lors du procès des caricatures. Ce qui s’est passé après ne l’a visiblement pas fait changer d’avis ! L’ancienne candidate, aujourd’hui encore, ne hiérarchise pas entre l’exercice d’un droit sur un ton qui ne plait pas et des menaces de mort, entre la critique d’un dogme et la menace contre une personne… 

Voilà qui en dit long sur la perte de repères d’une partie de la gauche. Mais aussi sur la surprenante mansuétude envers l’islam radical qui pourtant est en train de détourner les discriminés, les exploités du vrai combat de la gauche : la justice sociale et l’accroissement des libertés individuelles et des égalités, notamment entre les sexes.

Pourquoi cet abandon ?

La gauche est tiraillée entre deux exigences : défendre les libertés, l’émancipation… et se tenir toujours aux côtés des plus faibles. Mais elle se perd (une partie de la gauche du moins) et se fait avoir par l’islamisme identitaire et politique. Ces deux exigences sont, semble-il, difficiles à concilier pour cette partie couarde de la gauche, quand les atteintes à la liberté viennent d’une minuscule mais tonitruante minorité de la population par ailleurs vraiment discriminée. 

Le résultat est stupéfiant : c’est l’extrême-droite qui est à la proue de la lutte culturelle. L’extrême-droite, elle, n’hésite pas à établir la hiérarchie que la gauche ne fait plus. 

La voilà –comble de la triangulation- qui défend une jeune lesbienne et le blasphème ! La gauche Royal "absolument pas Mila", ou la gauche qui ne dit rien, laisse le débat dans une terrible mâchoire identitaire, enserré par l’extrême-droite et l’islamisme. 

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