Après ses voeux demain au siège du parti socialiste, Ségolène Royal s'envolera en Chine vendredi pour une visite de 4 jours. Une destination qui n'a évidemment pas été choisie au hasard. Ségolène Royal, mais avant elle Nicolas Sarkozy, en 2004, et d'ici quelques jours peut être François Bayrou - à moins qu'il ne préfère se rendre en Inde. Que les prétendants présidentiels jouent aux pigeons voyageurs, rien de nouveau sous le soleil. Ce qui est nouveau, c'est effectivement la destination. Car franchement, il y a encore 15 ans, impossible d'aller parader sur la place Tien an men à Pékin aux côtés des dirigeants chinois, sans se faire traiter de "collabos des bourreaux aux mains couvertes de sang". Non, aller en Chine, ce n'était franchement pas "tendance". Mais la Chine s'est réveillée et l'élection de Jacques Chirac en 95 a beaucoup fait pour modifier les relations entre nos deux pays. Le président est en effet convaincu que c'est en Chine que se joue une large part de l'avenir du monde, et surtout qu'une partie de l'influence de la France dépend de son aptitude à construire avec la Chine une relation particulière et forte. D'où les 4 visites officielles en Chine en 12 ans ; d'où les quelques pas de danse de Bernadette Chirac en Corrèze avec l'ex-président chinois Iang Xeming ; d'où le silence désormais assez assourdissant des français sur la situation des droits de l'homme là-bas. Aujourd'hui, les candidats à l'Elysée prennent acte de ces évidences. Le monde a changé et s'est déplacé vers l'Est, vers ces puissances émergentes que sont l'Inde et la Chine. Plus question donc pour eux de se contenter d'une visite aux Etats-Unis ou en Israël pour se faire adouber sur le plan international ou pouvoir dire "j'ai compris le monde". Deuxième évidence : le quotidien des français, et de tous les européens d'ailleurs, a quelque chose à voir avec ce qu'il se passe en Chine. En se rendant à Pékin, Ségolène Royal sait qu'elle se retrouve là-bas au confluent de pratiquement tous les enjeux de la présidentielle : Enjeu économique évidemment : la pérénnité de nos emplois dépend largement de cette superpuissance, de façon négative si l'on parle de délocalisations, de façon positive si l'on envisage l'immense eldorado commercial qu'elle représente. Enjeu écologique aussi : 3ème consommateur d'énergie de la planète, la pollution y est déjà un fléau national, mais on ne sauvera pas la terre sans la Chine ! Enjeu diplomatique également : les autorités françaises ont observé à la jumelle et avec angoisse à l'automne dernier, le sommet Chine/Afrique se tenir à Pékin. 40 pays africains représentés, un commerce qui croit de 35% par an entre les 2 continents, et des dirigeants chinois pas très regardants sur la nature des régimes en place. La Chine s'est installée avec quelque efficacité dans l'ex pré carré français, encore un rêve de grandeur qui s'efface ! Alors, les tribulations des candidats en Chine doivent servir à ça : "comprendre" avoue Ségolène Royal avant de partir. Changer la nature des relations entre nos 2 pays en passant à du donnant donnant veut croire Nicolas Sarkozy, bref faire de la "rupture" avec les chinois aussi. Quoiqu'il en soit, ça devrait les changer de Jacques Chirac.

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