Rentrée du gouvernement aujourd'hui avec le premier petit déjeuner de l'année place Beauvau, suivi de la présentation des voeux au président. Une équipe gouvernementale pas franchement détendue en ce début d'année. Des tables aux nappes blanches dressées dans la salle à manger du ministère de l'Intérieur, la vaisselle rutilante de la république, jus d'orange, croissants et pain moelleux à volonté - ça devrait normalement être un moment de convivialité que ces retrouvailles traditionnelles de début d'année, mais c'est plus que jamais sans doute, un vrai moment de gêne et de regards en coin. Car tous ceux qui sont là, les 33 ministres du gouvernement ont la vie dure. Si, si... Certes ils ont une tâche exaltante, avoir la possibilité de changer la France - qu'espérer de mieux ? - certes ils ont des conditions de travail enviables, des émoluments et logement de fonction exceptionnels, mais enfin, ça ne suffit pas, ils endurent deux calvaires de la vie moderne : le stress au travail et la précarité. "C'est dur quand à midi, on se dit qu'on peut être viré à 14 heures" confie douloureusement un ministre. Appartenir à un gouvernement n'a jamais pu être considéré comme un CDI, mais enfin, avec Nicolas Sarkozy président, la tension n'a jamais non plus été aussi forte. "Face à nos administrations, on est déjà pressurisé explique un ministre, car on a tous moins de crédits, et l'obligation à terme de supprimer un poste sur 2. Et puis Sarko nous l'a dit, ceux qui ne suivront pas le rythme sur la réforme de l'état ne resteront pas. Il porte un jugement très vite, très fort et très tranché sur chacun d'entre nous. Et nous répète souvent, que d'autres rêvent d'être à notre place." Du coup, à chaque gaffe commise, le ministre en question rentre la tête sous sa carapace comme les tortues, espérant juste qu'on ne la lui coupe point, mais ils sont nombreux à se sentir tous les jours en sursis. Alors, certains se débrouillent mieux que d'autres. Soit qu'ils soient très bon élève, c'est le cas de Xavier Bertrand, efficace ministre du travail, qui semble avoir appris en un temps record tous les codes du sarkozysme : travail et com' ou com et travail qu'importe. Soit qu'ils aient un lien privilégié avec le président et ça ça n'a rien à voir avec le rang protocolaire. Alain Marleix, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et faiseur d'investitures pour le compte du président, n'ouvre jamais la bouche en public, en conseil des ministres ou pendant les réunions de dirigeants de l'UMP, mais règle tout en tête à tête avec Nicolas Sarkozy. Mais ceux qui n'ont pas un accès direct à l'Elysée, souffrent souvent de la compétition qui existe entre ministres, compétition destinée à se faire remarquer du grand homme justement au détriment de ses petits camarades. Les relations par exemple entre Christine Boutin et Fadela Amara ou encore entre Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et son ministre de tutelle, Xavier Darcos, sont tendues. La première ayant découvert au moment de la crise étudiante qu'elle ne pouvait compter que sur elle même, même si à la fin, il y avait toujours quelqu'un pour se présenter à sa place comme le sauveur de la situation. Alors en ce début d'année, la tension est évidemment ravivée par les rumeurs de remaniement. Tous savent qu'il aura lieu, personne ne sait quand. Avant, après les municipales ? Et pour toucher qui ? Et pour épargner qui ? En traversant la rue du Faubourg Saint-Honoré ce matin, pour rejoindre le palais présidentiel, les ministres auront sûrement un peu l'impression d'être un jeu de quilles. Le tireur est à l'Elysée, la boule ne devrait pas tarder...

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