Et on peut dire qu’en ce début d’année 2011, si la gauche n’a pas encore trouvé celui ou celle qui la représentera en 2012, une bonne partie de ce que l’on appelle « le peuple de gauche » a visiblement trouvé son inspirateur, son référent moral, en la personne de Stéphane Hessel. Le succès de librairie du texte de celui qui fait maintenant office de gardien du modèle de la république sociale élaborée par le Conseil National de la Résistance, s’explique aussi par la personnalité et l’histoire de Stéphane Hessel. Il est l’incarnation du contre-modèle exact des valeurs et priorités que droite et aussi gauche ont mis en avant pour gouverner la France ces dernières décennies. Jusqu'à la crise de 2008 qui a ébranlé le système sans le renverser, le discours dominant était celui de l’adaptation à la réalité du monde tel qu’il apparaissait comme inéluctable et triomphant. Il fallait monter dans le train en marche de la dérégulation, favoriser la compétition à tous les niveaux, le désengagement public. Il fallait rechercher la croissance « avec les dents », consommer à outrance, être un battant, viser le profit exponentiel. La réussite matérielle était représentée par de nouveaux hérauts, les traders et un peu avant par des entrepreneurs comme Bernard Tapie devenu même ministre ! Bernard Tapie qui apparaît aujourd’hui aussi nécessaire à notre époque qu’un gros 4X4 dans une rue piétonne... On imagine que les candidats à la présidentielle se penchent sur le texte de Stéphane Hessel...Bien sûr, surtout que Stéphane Hessel figurait sur une liste écologiste aux dernières régionales et ne fait pas mystère de son amitié pour Martine Aubry.... C’est donc un homme engagé dans la vie partisane. Mais son texte va bien au-delà, il est évidemment passé au peigne fin par les plumes de l’ombre des candidats potentiels. C’est une matière compliquée pour les politiques parce que ce texte ne parle pas d’eux. Il n’est pas fait pour eux. Stéphane Hessel ne fait pas un programme, il ne dénonce directement personne, il s’adresse aux individus pour leur dire : « indignez-vous et agissez ». On peut toujours critiquer une vision bien pensante, parfois angélique avec certaines causes du terrorisme mais il s’agit d’un appel à la conscience individuelle et puis, par ces temps de cynisme et d’indifférence un petit coup de « si tous les gars du monde » et d’optimisme à la Paul Fort, ça ne peut pas faire de mal. La puissance politique de ce texte c’est qu'il est radical mais que ses références sont celles d’humanistes modérés, courageux et désintéressées : Jean Moulin, René Cassin, Pierre Mendes-France. Il n’appelle pas à la révolution mais au respect des droits de l’homme et à la lutte contre les inégalités. Le succès de ce texte dit aussi que l’air d’une certaine forme de populisme, qui avait trouvé son apogée avec les styles de campagne des deux finalistes de 2007, est maintenant dépassé. Cette façon de mettre en avant le volontarisme et la personnalité du chef, l’idée selon laquelle une élection peut tout changer, qu’il faut tout attendre de l’Etat et que les solutions viendront surtout des autres, est une idée qui s’épuise. Au-delà du rejet d’un style présidentiel, le message d’Hessel peut être lu comme un appel à chacun à prendre les affaires du monde en main, personnellement et collectivement, par réseaux, associations. C’est un appel à la responsabilité, c’est donc l’exact contraire du populisme qui, par ailleurs, croît partout, en ce moment, en Europe.

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