Hélène Jouan Mais d'où vient ce sentiment particulier que le soulagement d'une femme et d'une famille devient le soulagement d'une Nation entière? Comment expliquer ce temps soudain suspendu, où tout s'arrête, pour laisser place à l'émotion et l'explosion de joie? Ce matin, on aurait pu se parler, on aurait dû se parler d'un président français ferment de toutes les crises, d'un président qui par son comportement, ses propos, sa méthode, provoque tout le corps social de son pays, finit par fragiliser les institutions même les plus raides et les plus muettes, l'armée, parvient même à susciter la réaction outrée d'un président de chaine publique qui sait pourtant qu'il ne devrait sa reconduction qu'à sa discrétion, sinon à sa docilité... Mais non, évidemment, le temps de la libération d'Ingrid Bétancourt, des retrouvailles avec sa famille et peut être de son retour en France...Grand coup de vent, fête du bonheur, tout est balayé, oublié. Mais pourquoi donc, vivre ainsi à l'unisson l'euphorie d'une femme, sinon qu'on a eu le sentiment depuis si longtemps de vivre à l'unisson son martyr... Sans doute, un réflexe humain, normal...un otage libéré, où qu'il soit, d'où qu'il vienne, c'est le droit à la vie recouvré. Peut être aussi un réflexe chauvin, pourquoi ne pas le dire? Ingrid Bétancourt n'est pas seulement franco-colombienne :La france est vraiment sa deuxième patrie. En captivité, dans la lettre qu'elle a pu adresser à sa mère l'an dernier, elle disait son attachement à ce pays et combien ce sentiment d'appartenance l'aidait à survivre. Cette nuit, en français, elle lançait "je vous porte dans mon sang, merci la France" Réflexe d'admiration sans doute pour une personnalité hors du commun. Il ne suffit pas d'être otage pour être grande, mais la femme sortie hier de la jungle colombienne est une résistante et une héroïne...Des ex-compagnons d'infortune ont raconté que c'est Elle qui les faisait tenir; le temps, les sévices, humiliations, et maladies n'ont jamais eu raison d'elle et de sa force vitale. Curieusement c'est dans son refus de regarder la caméra de ses gêoliers qui exigeaient d'elle une preuve de vie pour faire monter encore un peu plus les enchères, dans ses yeux baissés qui auraient pu être une marque de soumission, qui étaient une preuve de son courage, que l'on a mesuré il y a quelques mois toute sa force d'âme et de caractère. Alors débordant de joie, on oublie effectivement les réserves que la mobilisation sans faille de sa famille a parfois suscitées.N'en faisait elle pas trop? le faisait elle bien? ne faisait elle pas flamber le prix à payer pour libérer Ingrid Bétancourt chaque fois qu'elle mobilisait l'opinion médiatique et publique? Non, effacées ces réserves, c'est le souvenir et l'action de sa famille qui l'ont sans doute sauvée du cauchemar. On oublie aussi les questions qui ont pu se poser parfois autour de l'activisme de Nicolas Sarkozy. Si tout le monde lui reconnait le mérite d'avoir, dès le soir de son élection, fait de la libération d'Ingrid Bétancourt une priorité, avait il raison de jouer sur tous les tableaux? Celui de la médiation Chavez qui ne faisait pourtant pas l'unanimité, celui du président colombien Uribe traité par d'autres de fou sanguinaire pour son refus de négocier avec les Farcs, celui justement de l'appel direct et solennel à la guérilla assorti de la promesse d'accueil en France des repentis. La France n'est visiblement pour rien dans l'opération d'exfiltration des otages hier, mais qu'importe, Nicolas Sarkozy avait raison de tirer sur tous les fils... Savourons donc ce moment de communion humaine et nationale; rare et précieux Il reste des otages, une guérilla en colombie, il reste des questions sur la gouvernance du président français, mais on en reparlera demain.

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