Par Jean-François Achilli.

Jean-Marc Ayrault va faire sa déclaration de politique générale, avec un mot tabou…

Oui, rigueur. Un mot interdit, presqu’une insulte par les temps qui courent. Il rappelle trop 1983, le tournant du quinquennat de François Mitterrand, alors que nous sommes censés être toujours en 1981. Autre mot banni : austérité.

Et pourtant, le rapport remis hier à Matignon par Didier Migaud, le président de la Cour des comptes, ne parle pas d’autre chose. Le gouvernement doit trouver de 6 à 10 milliards cette année, et au moins 33 milliards l’an prochain pour ramener les déficits publics à 3% en 2013. A qui la faute ? Héritage de la droite au pouvoir, assène la majorité. L’audit démontre que nous avons entamé le redressement, proteste l’opposition. Les déficits sont anciens, ils concernent la droite comme la gauche, modère Didier Migaud, qui renvoie tout le monde dos à dos et remet le curseur quarante ans en arrière.

Après l’euphorie de la campagne présidentielle, l’heure des choix douloureux, c'est-à-dire des nouveaux impôts, a donc sonné. Alors pourquoi ne pas appeler les choses par leur nom ? « La rigueur est un mot qui enferme, une fois prononcé, il devient à charge », explique Bruno Le Roux. « Nous n’avons pas fait campagne sur la rigueur », rappelle le patron du groupe socialiste à l’Assemblée, « mais sur la notion de redressement dans la justice ».

Voilà donc pour la minute sémantique, délivrée à l’Elysée, à Matignon et dans les rangs du PS. « Redressement » plutôt que « rigueur », avec la promesse – toujours populaire - que tout le monde participera à l’effort en question, sous-entendez y compris : les riches. Tout est dans cette nuance, sur laquelle va jouer Jean-Marc Ayrault cet après-midi, mais qui ne changera rien pour les contribuables, les classes moyennes, qui verront d’une façon ou d’une autre la facture s’allonger.

Jean-Marc Ayrault va donc devoir donner du souffle cet après-midi ?

Ce ne sera pas Martin Luther King devant le Lincoln Memorial, I have a dream today . Ce n’est pas le genre de la maison Ayrault, un doux austère, qui séduit les Français par son sérieux, plutôt dans l’air du temps. Et puis, la déclaration de politique générale reste un exercice convenu, qui a rarement secoué le cocotier. Mis à part Chaban en 69 et sa Nouvelle société, un discours quasi présidentiel qui avait ulcéré Georges Pompidou. Ou Pierre Bérégovoy qui en 92 avait brandi un papier, liste supposée de personnalités touchées par la corruption.

A propos de la déclaration attendue cet après-midi… un ténor du PS, estime qu’elle ne pourra que susciter l’ennui voire la déception, tout simplement parce que le Premier ministre déclinera la politique voulue par le président élu. Tout est déjà sur la table. Ce ne sera pas une réplique du discours du Bourget de François Hollande, qui a validé le texte à l’Elysée, mais une simple feuille de route du Premier ministre pour les mois à venir. La douloureuse, les premiers arbitrages en matière d’impôts, ce sera pour demain en conseil des ministres.

Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.