Le limogeage de Delphine Batho ouvre-t-il une crise politique grave ?

Ça fragilise la coalition bien sûr mais c’est surtout révélateur de l’ambiguïté idéologique des socialistes à propos de l’écologie. Avant de développer cet aspect des choses, il faut souligner que si, techniquement Delphine Batho a bien été limogée, en réalité elle a elle-même sauté par la fenêtre du gouvernement. En critiquant publiquement, et de la façon la plus claire, le projet de budget, elle se condamnait et le savait certainement très bien. Le budget c’est l’acte fondateur d’une majorité. A l’Assemblée, ne sont dans la majorité (et représentés au gouvernement) que ceux qui votent le budget. Les ministres peuvent contester, en interne les propositions du ministre du budget mais alors ils en appellent (toujours en interne) à l’arbitrage du Premier ministre, voire du Président. Delphine Batho ne l’a pas fait, dit-on à Matignon. La déclaration de la ministre de l’écologie hier matin était donc tout à fait déroutante et ne pouvait aboutir qu’à son limogeage, ou alors au constat que, décidément François Hollande manquait d’autorité. Le résultat c’est qu’après Nicole Bricq, nous en sommes à deux femmes limogées... nous approchons du syndrome « Jupette », nom donné à la progressive déféminisation du gouvernement Juppé entre 1995 et 1997… Voilà pour la mécanique gouvernementale. Revenons au rapport compliqué des socialistes à l’écologie. Les socialistes (et François Hollande en particulier) partent de très loin. D’une tradition productiviste et industrialiste. Seule la croissance la plus massive possible crée de la richesse que l’on peut répartir pour réduire les inégalités. Pour les écologistes, la croissance n’est pas une solution toujours neutre. Elle doit être écologiquement compatible. Le premier moteur d’une croissance viable doit être celui de la transition écologique. Le ministre de l’écologie –surtout s’il est socialiste- se trouve, à chaque décision économique et budgétaire, à la confluence, souvent contradictoire, de ces deux logiques.

Donc pour François Hollande, l’écologie reste un problème, pas une solution.

Une solution politique mais un problème économique… En fait, les socialistes ont énormément évolué sur la question ces dernières années. Tout le monde admet maintenant que la planète se réchauffe du fait de notre activité, tout le monde sait aussi que les énergies fossiles ne sont pas éternelles. Les discours sur les énergies renouvelables ne sont donc pas que des postures. Mais la conviction toute neuve des socialistes n’est pas encore assez ferme pour résister aux impératifs budgétaires… Au moment où il faut trancher dans les dépenses, le réflexe du PS c’est de sacrifier aussi les crédits alloués à l’écologie. Si l’écologie était considérée comme une solution à la crise, elle ne serait pas traitée de la sorte. Le nouveau ministre de l’écologie, Philippe Martin, devra obtenir ce que Delphine Batho n’a pas su obtenir de Jean-Marc Ayrault : que l’écologie ne soit plus une variable d’ajustement. Sans assurances sur la fiscalité écologique, sur les investissements d’avenir et sur des mesures fortes concernant la transition écologique, avant le vote du budget en septembre… eh bien sans ces assurances fermes, si les écologistes restent au gouvernement, alors ils deviendront le papier peint vert de la majorité, destiné à masquer la réalité de l’hégémonie et du conservatisme des socialistes.

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