Emmanuel Macron s’exprime cet après-midi à Versailles, devant le Congrès. L’analyse selon laquelle il court-circuite et même humilie son 1er ministre est dominante !

Oui, on lit et entend ça dans la bouche des oppositions (c’est de bonne guerre) et dans les commentaires de presse. C’est une analyse un peu automatique. Nous chassons le couac de forme comme d’autres le Pokémon ! Peu importe la réalité du gibier ! Parce qu’après tout, pourquoi le président voudrait-il mettre en difficulté le 1erministre qu’il vient juste de nommer ? Pourquoi humilier un chef de gouvernement tout frais qui ne donne pas l’impression de vouloir déborder son président ? Il ne s’agit pas d’une cohabitation, ni d’un 1erministre chef de courant concurrent de toujours du président, comme Rocard que Mitterrand avait été contraint de nommer pour élargir les contours d’une majorité trop courte. Pourquoi le Président craindrait-il le philippisme… qui n’existe pas ? Il se trouve, juste après l’installation triomphale du nouveau pouvoir à tous les postes, qu’un besoin de redéfinition du EnMarchisme se fait ressentir ! Il faut donc que le président parle. Les attributs présidentiels de la Vème sont renforcés par la possibilité (depuis 2008) offerte au chef de l’Etat de s’adresser aux Français solennellement via le Congrès. Emmanuel Macron les utilise sans états d’âme ni complexes. Finalement, le discours de politique générale d’Edouard Philippe sera peut-être éclipsé par celui du président ? Et alors ! On a un discours présidentiel d’orientation générale, et demain le discours du 1erministre précisera la mise en œuvre de ce que l’on aura entendu la veille. C’est une hiérarchie logique entre les 2 têtes de l’exécutif.

Sauf que le discours du président se tiendra sans débat ni contradiction possible.

Et pour le coup, le problème est plutôt là ! La forme impériale du discours de Versailles peut encore passer, en ce début de mandat. L’idée d’en faire un rendez-vous annuel, à la façon du discours sur l’état de l’Union aux Etats-Unis, se conçoit aussi. Mais cette communication à base de symboles et de discours à sens unique ne peut pas suffire. La pensée complexe du président ne pourrait pas s’exprimer dans le cadre d’une interview, explique-on sans peur du ridicule à l’Elysée. Le Président a raison de renoncer à l’interview en majesté, un peu écrasante du 14 juillet à l’Elysée, mais il va falloir qu’il trouve le moyen d’être parfois en vraie situation de dialogue avec des contradicteurs sous peine de transformer le nécessaire besoin d’incarnation du pouvoir qu’il met en place en insupportable situation de domination protégée. Sa parole deviendrait alors un monologue sécurisé et donc déconnecté. Les chanceliers allemands, les premiers ministres anglais, sont régulièrement sur le grill de leur parlement. Le président français jamais, puisqu’il n’est pas l’émanation des députés mais du peuple ! Seules les interviews courantes (et pas co-scénarisées par et à l’Elysée, comme ce fut trop le cas par le passé) et de vraies conférences de presse régulières peuvent placer le président dans cette situation de vérité. Dans ce cadre, nous lançons ici au président une invitation pour la matinale, après l’été. Si toutefois le président daigne soumettre la complexité de sa pensée à la simplicité de nos questions…

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