Curieuse collusion dans l'actualité. Un homme qui a habillé les femmes disparaît, quand la justice se penche sur une femme nue pour faire annuler son mariage. Le blouson noir, le smoking, le bermuda, ou bien encore le trench... Hier, alors que les hommages à Yves Saint-Laurent s'égrenaient, on se re-mémorait tout à coup, tout ce qu'on devait au génial couturier. Il n'a pas libéré les femmes, non, mais Yves Saint-Laurent a dessiné les costumes de la femme libérée de ses carcans ancestraux, puisant dans le vestiaire masculin, les atours du pouvoir pour les féminiser. A partir des années 60, la femme haute couture d'Yves Saint-Laurent n'est plus princesse, starlette ou femme de. Elle est Femme tout court. On lui doit, à cet homme qui aimait la femme de son temps, les premiers vêtements qui dégagent le corps, les premiers habits de la libération féminine. Drôle de collusion effectivement... Car quelques jours plus tôt, on avait appris qu'un juge avait qualifié de qualité essentielle, la virginité, en l'espèce la non virginité d'une femme, et avait à ce titre annulé un mariage. Fini la femme libérée, la femme de pouvoir, la justice française a mis à nu une femme pour savoir si elle pouvait devenir femme de... au motif de son intégrité physique. Tollé évidemment dans la société française. "Régression des droits des femmes", "répudiation déguisée", "logique communautariste" encouragée par la justice française. Droite et gauche confondues, associations féministes, laïques, de défense des droits des femmes mélangées. Tous ou presque ont dit la même chose. Une femme seule contre toutes et tous a osé dire, "c'est un jugement qui protège les victimes, la jeune fille en l'occurence". Cette femme c'est Rachida Dati. Oui mais Rachida Dati semble avoir changé d'avis. La Garde des Sceaux a demandé hier au parquet de faire appel du jugement. En fait, elle n'a sans doute pas changé d'avis; mais elle a semble-t-il cédé à l'amicale pression de l'Elysée qui n'a pas goûté sa position divergente et surtout n'a pas souhaité, vu l'émotion suscitée dans le pays, que cette cause d'annulation de mariage fasse jurisprudence. L'affaire va donc être rejugée au grand dam d'ailleurs sans doute des parties concernées. Pourtant, la seule petite phrase prononcée par Rachida Dati nous laisse sur une impression bizarre. Et si elle avait failli nous parler d'elle ? De l'histoire de son mariage annulé, sur laquelle elle s'est confiée une fois dans un livre d'entretiens ? Des pressions conjuguées de la famille, de la culture et de la société qui poussent une jeune femme à accepter un mariage, et peut-être à se sentir soulagée d'en être débarassée, même au prix d'une infâmie, celle d'une répudiation faute de virginité ? Sans doute, Rachida Dati aurait-elle pu nous dire tout cela. Elle n'aurait pas eu raison pour autant contre tous les autres, celles et ceux qui pourfendent cet article dépassé du code civil, discriminatoire envers les femmes. Mais dans un concert unanime, elle aurait eu le mérite de faire entendre une voix différente, une expérience singulière. Et après tout n'est-ce pas aussi ce que l'on attend d'elle, toute Garde des Sceaux qu'elle est ? C'est tout le dilemme de Rachida Dati. Elle a été repérée, choisie et privilégiée par Nicolas Sarkozy pour le symbole et la richesse qu'elle représentait. Une femme à la culture et au parcours différents, mais elle refuse d'assumer le prix de ce symbole, d'en être prisonnière d'une quelconque façon. Quitte à taire très vite, tout de suite, ses divergences, quand elle en a, avec le modèle politique dominant. Dommage, il faut du courage à oser penser et parler différement. Rachida Dati a choisi de n'avoir pas celui-ci.

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