**Les violences à Sevran, ces derniers jours, relancent l’éternel débat sur la dépénalisation des drogues douces.Oui, la dépénalisation est un de ces débats récurents. Toujours présent parce qu’il met en jeu des impératifs à la fois contradictoires et légitimes donc difficiles à trancher. Rappelons-en d’abord les termes : ceux qui sont pour la légalisation des drogues douces font le constat que leur interdiction n’entrave en rien leur consommation. Certain estiment même que leur prohibition est l’un des facteurs qui les rend attractives. Mais le principal argument, depuis quelques années, est d’ordre sécuritaire. Le trafic de drogue est à la base d’une économie parallèle qui prospère dans les quartiers les plus sensibles des périphéries de nos grandes villes. Une économie réactive, parfaitement organisée qui emploie beaucoup de monde et impose ses lois dans des cités entières. La répression ne ferait, en fait, que renforcer l’emprise de cette économie sur les quartiers par une mécanique tout à fait libérale. Par exemple, quand il y a des descentes de police, les guetteurs prennent plus de risques, donc sont mieux payés par les chefs mafieux. Plus d’argent circule alors dans la cité qui devient ainsi encore plus dépendante du trafic. On obtient le contraire de ce que l’on recherchait : d’une certaine façon la répression classique renforce la logique de cette économie. Voila pourquoi le maire écologiste de Sevran en est arrivé à demander l’intervention de l’armée ! Et donc, pour détruire cette économie, il faudrait légaliser le cannabis ?Sans doute mais les arguments de la défense de la prohibition sont tout aussi convaincants et c’est ça le problème. Rien ne dit que légaliser les drogues douces empêcherait les réseaux déjà organisés de passer rapidement à d’autres sortes de trafics, de drogues plus dures par exemple. La question de fond, c'est-à-dire le désœuvrement, le manque d’emploi, la ghettoïsation sociale qui règne dans les quartiers ne serait pas spécialement réglée par la mise sur le marché et au grand jour de produits qui restent des produits très dangereux pour la santé. Et puis personne ne peut affirmer que le caractère prohibitif attire plus de consommateurs qu’il n’en rebute. Généralement pour se faire un avis sur des questions aussi complexes, on regarde quelles personnalités défendent chacune des positions. Hormis Stéphane Gatignon, le maire de Sevran, confronté quotidiennement à ce qu’il appelle lui-même une « situation de crise extrême », il n’y a pas grand monde chez les politiques pour lui emboîter le pas. La plupart des maires, souvent de gauche, des villes de banlieues, dites sensibles, refusent l’idée de la dépénalisation. Beaucoup d’élus se disent d’abord que la dépénalisation ne serait pas comprise par les électeurs. On notera quand même qu’un ancien ministre de l’Intérieur, socialiste, et qui n’a rien d’un subversif ou d’un alternatif, Daniel Vaillant, élu du 18ème arrondissement de Paris, soutient aussi qu’il faudrait sérieusement réfléchir à la dépénalisation. Finalement quand il est difficile de prendre position sur un débat si complexe… il y a une dernière solution. Si le problème est grave c’est que les solutions en vigueur ne sont pas satisfaisantes. Pourquoi, devant l’échec de la pénalisation, ne pas expérimenter la dépénalisation ? C’est le genre de débats et de thèmes sur lesquels les politiques n’aiment pas être précurseurs par rapport à l’opinion… Le trafic a donc des beaux jours devant lui.**

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