Jean-François Copé déclare que l’UMP apprend la démocratie et qu’il lui faut du temps. C’est une étonnante déclaration !

C’est vrai que c’est étrange, comme ça au premier abord, d’entendre le président (mal élu) d’un parti qui sort, quand même, de dix ans d’exercice du pouvoir, déclarer que son mouvement n’est pas encore une organisation démocratique. Et en même temps c’est une rare lucidité et une franchise bienvenue. Il s’agit d’une question de culture politique reconnaît Thierry Mariani, l’un des multiples vice-présidents de l’UMP. Et c’est vrai que l’UMP, créée en 2002 a emprunté le côté association de notables qui s’arrangent entre eux de l’UDF, plus le Bonapartisme-culte du chef du RPR, dans la logique duquel il se situe dès que Nicolas Sarkozy en prend la tête en 2004. L’état d’esprit qui régnait et règne dans ces partis (UDR, RPR et UMP) correspond à la Vème République telle que la concevait le général de Gaulle : centralisée, personnalisée. Conception dépassée. Le débat et la compétition y sont secondaires. Un responsable de l’UMP d’un département rural me racontait comment il avait fait voter en masse pour François Fillon lors de l’élection de l’automne dernier : il passait dans chaque ville et chaque village de son département et nombre de militants lui remettaient bien volontiers leur procuration en lui disant « faites au mieux ». Ce qu’ils voulaient c’était : pas d’histoire et un chef.

Dans ce contexte, le choix du vote par Internet était-il judicieux ?

Non, le vote par Internet n’est pas encore au point et le fait même d’avoir choisi cette technique est la preuve du manque d’assurance du l’UMP dans sa capacité à organiser des élections après le fiasco de l’automne dernier. L’organisation du vote était confiée à une filiale de La Poste mais le vote par Internet peut être utile pour abolir les distances, permettre aux électeurs des villages reculés de peser autant que les citadins. Alors, bien sûr, dans le cadre du vote parisien cette difficulté ne se posait pas. Mais la culture de la démocratie interne passe aussi et surtout par la solidité du sentiment (au-delà de la rivalité et des différences idéologiques) d’appartenir à une même famille politique. Quand Ségolène Royal a eu l’impression de se faire voler la tête du PS (et ce n’était d’ailleurs peut-être pas qu’une impression) au congrès de Metz, la puissance du sentiment d’appartenir au parti socialiste, de faire parti d’une histoire, d’une lignée politique, faisait que, malgré les doutes et les soupçons, la survie du PS finissait par prévaloir. Il n’y a pas ce poids symbolique à l’UMP. Les lignées, libérales, centristes, gaullistes, n’ont pas d’histoires aussi fortes et de souvenirs communs, aussi fédérateurs que ceux de la gauche. La droite républicaine n’est pas une famille assez identifiée et solide pour supporter, comme les socialistes, les secousses inhérentes à la démocratie interne. Donc, puisqu’elle est en phase d’apprentissage de cette démocratie interne, l’UMP devrait, (comme elle l’a fait déjà à Lyon d’ailleurs) faire simple et basique pour commencer : rien de mieux, de plus clair qu’un bulletin en papier, une urne en bois ou en verre, un isoloir, ou alors un envoi par La Poste chez un huissier avec des adresses vérifiables… et surtout, surtout pas de procurations, les militants doivent être mis devant leurs responsabilités ! Le FN y est bien arrivé… alors… c’est sûr, un petit effort, l’UMP peut le faire!

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