Lier, comme l’a fait F.Hollande, la réussite de son mandat et donc la possibilité de se représenter, à une baisse du chômage, le met aujourd’hui dans une position impossible. Cela dit, il était irréaliste pour un candidat à la présidentielle d’un pays qui se trouve depuis si longtemps en situation de chômage de masse, de ne pas se présenter avec une obligation de résultat sur la question de l’emploi. Le problème du président c’est qu’il avait laissé entendre que le rétablissement de l’emploi se ferait grâce à des remèdes plutôt indolores. Par exemple, en combattant le monde de la finance qui fausse l’économie réelle. Bien sûr il était question d’efforts, pendant la campagne. Mais la notion forcément vertueuse de l’effort reste une proposition politique positive tant qu’on n’en détaille pas le contenu. Aujourd’hui, c’est un sentiment d’impuissance qui domine et les signes de la reprise semblent être dus à des causes sur lesquels le gouvernement a finalement assez peu prise : La baisse du prix du pétrole, le niveau de l’Euros et les taux d’intérêt tout près de zéro. Les bonnes nouvelles nous viennent de l’extérieur et nous n’arrivons pas à les traduire en baisse du chômage. Le cocktail est donc désastreux pour le président et son gouvernement.

Pourtant les ministres de l’emploi font preuve d’imagination pour expliquer que ça va mieux.

Ou que ça va aller mieux incessamment sous peu ! Michel Sapin a passé toute la première moitié du quinquennat à retourner dans tous les sens ses argumentaires autour de l’inflexion de courbes qu’il était le seul à voir, ou à faire semblant de voir, pour ne pas tuer la petite flamme de l’optimisme qui peut contribuer à allumer la mèche de la croissance. En privé Michel Sapin se moque volontiers de lui-même et de toutes les acrobaties sémantiques qu’il a du développées; il appelle ça lui même « les courberies de Sapin ». Son successeur à l’emploi, François Rebsamen est dans la même situation. Il n’est pas dupe (espérons-le) de l’absurdité de sa maxime, trouvée au soir de la publication des derniers chiffres du chômage : « les chômeurs d’aujourd’hui se préparent à être les salariés de demain »c’est beau comme du… Alphonse Allais. Mais au-delà de l’impossible gestion de cette période, avant la vraie inversion de la courbe (si tant est qu’elle s’inverse !) il y a des fautes politiques à ne pas commettre. Et François Hollande semble au bord d’en commettre une. Il se présente, depuis quelques semaines, depuis que l’on parle de la reprise, comme étant en pré-campagne pour sa réélection. La forme de certains de ses discours, le fait d’insinuer que nous rentrerions déjà dans une seconde phase du quinquennat, celle qui laisse espérer la redistribution après l’effort. Celle donc qui pourrait lui permettre d’envisager un autre mandat. Mais attention, avec maintenant 30 ans de chômage de masse, cinq élections présidentielles, autant de promesses de bouts du tunnel et de renversement de courbes, le moindre optimisme affiché sans réel et profonde amélioration de la situation de l’emploi serait une mort politique après tout, tout à fait justifiée.

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