Vous évoquez le camp de migrants que la maire de Paris, Anne Hidalgo, veut ouvrir dans la capitale.

Et ce qui est frappant, avec cette annonce faite cette semaine, à la surprise générale, c’est déjà qu’elle n’intervienne que maintenant. Depuis le début de la vague migratoire, 9000 migrants sont arrivés à Paris. On les retrouve souvent dans le quartier de La Chapelle. Dans le nord et l’est de la capitale, des campements de fortune sont évacués, puis réapparaissent plus loin. Il y a 900 migrants, vivant par exemple dans des conditions déplorables, sous des tentes et la pluie, dans les jardins d’Eole dans le 18e arrondissement. Ce chiffre (donc entre 8 et 9000 migrants dans tout Paris en un an) est, en réalité, assez faible, comparé à ce que vive beaucoup d’autre métropoles européennes et au regard de la population francilienne de 12 millions d’habitants. Et pourtant, aucune structure dédiée, jusqu’ici, n’avait été prévue par les pouvoirs publics. Depuis le début de la vague migratoire, l’Etat se refuse à créer des structures spécifiques. Refus motivé par le souci d’éviter le fameux « appel d’air », phénomène que personne n’a jamais pu vérifier, mais qui s’est quand même installé comme une évidence incontournable. La Mairie de Paris a donc décidé, exaspérée par l’attentisme et la frilosité de l’exécutif, d’annoncer la création de ce camp.

L’Etat a été mis devant le fait accompli !

Oui, et ça a provoqué quelques frictions entre l’hôtel de ville et Matignon parce qu’une telle installation ne peut pas être réalisée sans le concours de l’Etat…qui ne peut, décemment pas refuser ! Ce qui est intéressant, à un moment où l’on parle beaucoup de faire de la politique autrement, où l’on parle d’intégrer la société civile, le monde associatif, les acteurs de terrain dans la décision…eh bien c’est que, comme il y a quelques mois à Grande-Synthe, avec un maire réactif et humaniste, et sous la pression des associations et des habitants, la décision vient du terrain et s’impose à l’Etat. Là, l’action publique –sur un domaine d’ordinaire du ressort de l’Etat- fait le chemin inverse, de bas en haut… c’est d’ailleurs la meilleure façon pour qu’elle soit efficace, adaptée. La société, et en particulier le monde associatif, a été plus entreprenante et moins pusillanime que le gouvernement. A Paris les centres (qui seront que des lieux de transit, bien sûr) devraient réunir des antennes d’organismes publiques comme l’OFPRA, pour les éventuels réfugiés et des associations comme France Terre d’Asile. L’exécutif semble tétanisé par cette affaire des migrants, depuis le début. Alors bien sûr, le ou les camps (il y en aura peut-être deux) ne seront pas installés dans le très chic XVIème arrondissement qui ne s’était pas montré particulièrement accueillant, récemment à l’annonce de l’implantation d’un centre pour 200 sdf à ses portes… Mais il faut remarquer (fait notable) que l’initiative d’Anne Hidalgo et des associations ne suscite que peu de réactions hostiles. La droite modérée salue même ce projet ! Ça montre à quel point, finalement, une action forte et clair, assumée, même sur des sujets réputés sensibles, peut être mieux comprise qu’on ne le croit généralement.

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