Impressionnante manifestation, hier soir à Paris, à l’appel de la famille d’Adama Traoré… Et bien sûr on pense à la situation américaine et au risque de contagion en France.

 Manifestation contre les violences policières, le 2 juin 2020 devant le Tribunal de Grande Instance de Paris, à l'appel d'Assa Traoré, en mémoire d'Adama Traoré et Georges Floyd. La manifestation a réuni plus de 20 000 personnes.
Manifestation contre les violences policières, le 2 juin 2020 devant le Tribunal de Grande Instance de Paris, à l'appel d'Assa Traoré, en mémoire d'Adama Traoré et Georges Floyd. La manifestation a réuni plus de 20 000 personnes. © Getty / Yann Castanier / Hans Lucas / Hans Lucas

20 000 personnes, c’est une mobilisation très impressionnante pour une manifestation non autorisée, à l’appel du comité Adama. 

Adama Traoré, 24 ans, décédé dans une gendarmerie de l’Oise, après une ‘interpellation musclée’  en 2016, au cours de laquelle il avait subi un plaquage ventral. Depuis  c’est une succession de controverses et d’expertises judiciaires qui  aboutissent plutôt à la conclusion que le jeune homme est mort du fait  de son état de santé antérieur. Il n’y aura pas de procès… l’injustice  ressentie est là… et Assa Traoré, la sœur du jeune homme a fait  dernièrement procéder à une expertise médicale, hors cadre judicaire,  qui contredit les précédentes. C’est la raison de la manifestation d’hier. 

Depuis quatre ans les proches du jeune homme se démènent et le cas Traoré était devenu emblématique des violences policières prises au sens  large puisqu’ici il s’agit de la gendarmerie. Aujourd’hui les  Etats-Unis offrent l’occasion aux Comités Adama de tenter un parallèle.

Le parallèle Adama Traoré / George Floyd est-il pertinent ?

Pas  factuellement. Les situations dans nos deux pays sont trop différentes. Seulement d’autres dysfonctionnements, d’autres injustices, d’autres instrumentalisations existent. Le point commun c’est que si les forces de l’ordre ne sont pas racistes en elles-mêmes, il existe un vrai  racisme dans leurs rangs. Que ce racisme n’est pas assez reconnu et  combattu par les autorités. 

Mais la première différence (et elle est de  taille) c’est que les deux affaires n’ont que peu de rapport. La cruauté  filmée et assumée de l’assassinat de George Floyd n’a rien à voir avec  la pratique, même contestée, du placage ventral. 

Autre différence : aux  Etats Unis, à la tête de l’Etat il y a un président qui soutient ouvertement des mouvements racistes… La notion de l’ordre, plus  largement, aux Etats-Unis, abouti à ce que la police tue plus de 1000 personnes par an. Un chiffre démentiel pour une démocratie. 

Mais dans  nos deux pays un racisme post esclavage ou post colonial a toujours  empoisonné les rapports sociaux. En France, il percute l’idéal  républicain sans cesse réaffirmé mais sans cesse démenti par une  situation, par endroit, de ghettoïsation et de ségrégation de fait. Ni  les conceptions communautaristes américaines ou universalistes françaises n’ont pu endiguer ce fléau. La politique de maintien de  l’ordre où le sécuritaire a tendance à l’emporter sur la prévention (de  façon, certes, différentes des deux côtés de l’Atlantique) aggrave les  choses. 

Songez qu’il y a quelques années, on se posait la question du récépissé de contrôle pour responsabiliser les policiers. Aujourd’hui, quoiqu’ils fassent, ils semblent soutenus par les autorités, et l’on  achète des drones par centaines pour une surveillance de masse.  

Aujourd’hui les réseaux sociaux permettent de révéler la moindre  violence policière (et parfois de l’amplifier). Non, les deux situations  ne sont pas comparables, nos deux sociétés sont trop différentes… mais  oui, le risque d’embrasement en France existe. Et, vu le contexte, la  force entraînante des images… il existe plus que jamais.

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