Qui a gagné le débat ?

C’est compliqué de répondre à cette question alors que presque tout le monde a vu ce débat et que chacun a tous les arguments nécessaires pour se faire une opinion. Il nous faut donc rappeler les attentes qui s’étaient installées sur cette confrontation pour trouver une réponse. Nicolas Sarkozy avait une réputation de redoutable débatteur à défendre et François Hollande avait à se faire connaître sur ce terrain. Et avec cette grille de lecture il y a, de mon point de vue, un vainqueur technique : François Hollande. D’abord parce que la quasi-totalité de ce débat a été dominée par le commentaire du bilan de Nicolas Sarkozy et du projet de François Hollande. François Hollande n’ayant pas de bilan c’était peut-être plus facile pour lui mais le Président, trop occupé à défendre son bilan attaqué, n’a pas su s’imposer pour détailler ses propositions. François Hollande que l’on disait mou, indécis et fuyant s’est montré, hier à l’inverse de tout ça. Il a pu même parfois frôler le risque de l’agressivité… mais il ne s’en est pas laissé compter et n’a rien laissé passer quand il considérait que son programme était caricaturé. De son côté, Nicolas Sarkozy avait visiblement choisi de débattre sur un registre sobre. Comme si ce débat devait marquer la fin de la séquence droitière et offensive du candidat challenger destiné à endosser une partie de la colère des électeurs de Marine Le Pen. En réalité pour juger de la réussite ou de la cohérence des débatteurs on peut aussi se demander si le ton et le discours du candidat en meeting sont très différents du ton et du discours du candidat en débat. François Hollande était hier plus proche de ce qu’il est en meeting et le Nicolas Sarkozy d’hier, très en retrait, n’avait rien avoir avec le candidat survolté des tribunes de ces derniers jours. Le contraste était déroutant pour qui suit la campagne. La parole de Nicolas Sarkozy n’a finalement, pendant ces 5 dernières années, jamais été mise en confrontation directe avec un vrai débatteur, c’était un monologue plus ou moins sécurisé. Hier, elle est apparue fragilisée, cette parole, quand elle s’est trouvée, pour la première fois, face à une opposition argumentée, plus virulente et énergique que beaucoup l’imaginaient.

Ce débat ne semble pas de nature à bouleverser les dynamiques de cette élection, selon vous ?

Effectivement mais justement, quelles sont en ce moment ces dynamiques ? On a du mal à le savoir. A en croire les sondages l’écart entre François Hollande et Nicolas Sarkozy est encore très fort, au-delà de la marge d’erreur et en même temps, ces derniers sondages montrent que le président grignote son retard. Nicolas Sarkozy gagne petit à petit ces derniers jours, l’adhésion d’une partie des électeurs de Marine Le Pen sans pour autant en perdre du côté des centristes. Les modérés de droite qui s’inquiétaient d’une radicalisation du président sur les brisées du FN auront pu être rassurés hier soir. En revanche ils n’auront pas eu beaucoup de précisions sur les postes budgétaires sur lesquels François Hollande prévoit de faire des économies. Pour ces même modérés qui hésiteraient entre les deux candidats, le débat d’hier aura vu François Hollande désamorcer quelques déformations de son programme répétées depuis des semaines par son concurrent comme les supposées régularisations massives des clandestins ou l’abandon du nucléaire. Au total la confrontation n’aura pas été bouleversante. Et c’est vrai qu’à 53/47 pour François Hollande c’est bien d’un bouleversement dont avait besoin Nicolas Sarkozy.

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