La loi El Kohmri est donc débattue en séance à partir d’aujourd’hui…

Et c’est une loi modifiée, triturée, améliorée, émasculée, dénaturée ou bonifiée… chacun y va de son qualificatif mais pas retirée, alors que la mobilisation contre s’essouffle en se radicalisant ! Et c’est un fait politique absurde et dérisoire, typique de notre mode de fonctionnement démocratique basé sur l’affrontement permanent, mais vous allez voir que si cette loi est finalement adoptée, l’évènement aura été que le gouvernement a tenu bon, n’aura pas cédé. Tant pis si la loi, à la sortie, paraitra maquillée comme une voiture volée. Le texte qui aura rendu célèbre une jeune ministre méritante, dont le nom est devenu un mot de banderole accolé à des adjectifs pas très valorisants, ce texte va encore évoluer puisqu’il va faire face à quelque 5000 amendements !

Quelles sont ses chances d’être votée ?

Très faible, mais il sera quand même adopté, certainement par la procédure bien pratique du 49.3. Mais avant cela, il y a deux votes incertains qui auront lieu ce soir ou demain. Une motion de rejet réclamée par la droite. Si la majorité des députés présents la vote, le texte est purement abandonné. On peut imaginer que les socialistes et les communistes opposés au texte, ne mêleront pas leurs voix à la droite pour un rejet motivé par JF Copé à la tribune. En revanche il y a aussi une motion de renvoi (pas de rejet, de renvoi en commission) déposée par le PC. Là, c’est diffèrent, si tous les contres (frondeurs socialistes, communistes et droite) se liguent, le texte est renvoyé en commission pour 3 semaines… de quoi risquer la relance de la mobilisation. Donc il y a beaucoup d’incertitudes procédurales pas vraiment passionnantes mais qu’il faut connaître pour bien comprendre comment on réforme chez nous. Ou plutôt comment on ne réforme pas. Le quasi inévitable et peu glorieux 49.3 peut avoir deux significations opposées selon la tournure des débats. Soit il apparaît comme l’instrument de la brutalité du gouvernement qui passe en force, soit il apparaît comme la clef salutaire pour passer outre la coalition des bloqueurs de réformes : La droite et la gauche de la gauche et leur logique du tout ou rien. Un tout ou rien qui peut parfois être éphémère et relever de la posture. Quand on entend Jean-Claude Mailly patron de FO dire un jour que la loi El Kohmri est, je cite, une « loi antirépublicaine » et le lendemain ne plus réclamer son retrait, on se dit que le 49.3 nous libèrera de ce débat public tronqué qui traite plus du contexte politique et syndical que du texte lui-même ! Pas mal de députés socialistes (qui pensent déjà à leur réélection) rêvent aussi, en douce, du 49.3 pour ne pas avoir à assumer d’avoir voté cette loi marquée du sceaux de l’impopularité. A la fin, pour François Hollande, le bilan risque d’être assez salé : une réforme édulcorée, et l’enfantement politique de deux phénomènes à l’avenir potentiellement dommageable pour lui : nuit debout et Macron En Marche.

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