Ce matin, la résurgence de groupes d’extrême gauche dans les manifestations.

C’est effectivement une résurgence, pas une nouveauté. Depuis mai 68, il y a toujours eu (enfin presque toujours, nous allons le voir) ces groupes, nourris intellectuellement par une mystique révolutionnaire, communarde et par des courants trotskistes, anarchistes, situationnistes, qui combattent la société de consommation capitaliste. On les a appelés casseurs,  autonomes, vandales. 

En 1970 Chaban-Delmas fait voter la loi anti-casseurs  et pendant deux décennies, la police, les services d’ordre des syndicats, leur mènent la vie dure. A tel point que souvent ces groupes faisaient plutôt des descentes, en dehors de toutes manifs en janvier 1979 (un exemple parmi tant d’autres), 30 membres du groupement autonome révolutionnaire, casqués, masqués d’un foulard, fondent sur la Gare Saint-Lazare à Paris, détruisent 17 magasins, sans rien voler, et blessent 4 policiers. Ces expéditions sont spectaculaires mais la violence est ciblée sur les symboles de l’Etat ou de la consommation. 

Les Black Blocs sont les descendants des autonomes des années 1970/80. Aujourd’hui ce qui frappe, c’est leur organisation très ponctuelle, éphémère, leur quasi uniforme noir et leur sens de la manœuvre. En réalité, ils s’adaptent aux progrès des systèmes de reconnaissance et de vidéosurveillance de la police.

Mais il y a eu une période où on ne les voyait plus beaucoup, dans les années 90/2000 ? Pourquoi ?

Oui, pendant cette période, ce qui pourrissait les fins de manifs, c’était plutôt des scènes de pillages, dépolitisés, des scènes qui traduisaient le malaise des banlieues. Ces violences-là sont toujours possibles mais, effectivement, l’activisme anarchiste autonome s’était éteint. Cela peut s’expliquer par le fait que la gauche au pouvoir, avait nourri, en réaction et par phénomène de rejet de la social-démocratie ou du communisme gouvernemental, une extrême gauche trotskiste ayant pignon sur rue : Lutte ouvrière et la Ligue communiste révolutionnaire, devenues le NPA. 

À la présidentielle de 2002, Olivier Besancenot et Arlette Laguiller totalisaient plus de 10% ! Cette extrême-gauche, révolutionnaire, anticapitaliste, canalisait les jeunes, les étudiants, les plus extrémistes. En 2007, LO et le NPA faisaient encore plus de 6%. En 2012 et 2017, le trotskisme électoral a quasiment disparu. C’est la force de Jean-Luc Mélenchon de les avoir absorbés, digérés dans son logiciel républicain dès 2012. Les meetings mélenchoniens, son discours à l’accent jaurésien, familiarise une partie de la gauche radicale avec le drapeau tricolore, la Marseillaise ! La dynamique du FG devenu LFI a contenu la violence de certains. Mais LFI, en situation dominante sur la gauche, s’éloigne forcément (en s’adressant au plus grand nombre) de la radicalité alternative, de la marge, des squats, du soutien aux migrants. Son discours d’ordre ne laisse pas de place à l’âme libertaire qui fait partie de l’extrême gauche. 

L’extrême-gauche autonome aujourd’hui, c’est aussi des no-borders, des sans frontières, là ou LFI s’inscrit dans un cadre national qu’elle veut justement renforcer. Et pendant ce temps-là, le macronisme assume (presque de façon provocante) son libéralisme économique : les conditions sont donc réunies pour que s’épanouisse cette mouvance, très minoritaire mais constante, à l’extrême-gauche activiste depuis la Commune.

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